La rapidité du déblocage soulève un risque bien identifié : celui de répéter l’expérience polonaise de 2024, où le déblocage de 137 milliards d’euros a reposé sur des promesses de réforme judiciaire sans transformation effective du système. Les auteurs de l’analyse de Verfassungsblog estiment que l’Union ne devrait libérer les fonds que lorsque les lois sont non seulement adoptées, mais effectivement appliquées.
- Le nouveau gouvernement ne contrôle pas en effet tous les leviers institutionnels nécessaires à la restauration de l’État de droit même si l’on peut saluer les efforts.
- La présidence, les deux plus hautes juridictions et le parquet demeurent des points de veto potentiels, occupés par des personnalités proches de l’ancien pouvoir ou disposant de mandats longs.
- Les réformes récentes montrent toutefois une volonté de rupture : la Hongrie a rejoint le Parquet européen, créé un Bureau national de récupération et de protection des actifs (NVVH) chargé de retrouver les avoirs publics détournés, et engagé une refonte des médias publics, accusés d’être devenus un instrument de propagande pro-Fidesz.
- Le risque n’a pas disparu pour autant.
- Tisza dispose d’une majorité des deux tiers, tandis que l’opposition est fragmentée et affaiblie : Fidesz est crédité d’environ 20 à 27% d’intentions de vote, contre plus de 50% pour Tisza.
- L’absence d’une opposition crédible pourrait, à terme, favoriser une logique de domination unipartisane, malgré les engagements du gouvernement en faveur d’une nouvelle constitution et d’un système électoral proportionnel d’ici 2030.
- Le 13 octobre, le Parlement hongrois a adopté par 139 voix contre 51 l’abrogation de la loi de 2021 interdisant, au nom de la « protection de l’enfance », l’évocation de l’homosexualité et de l’identité de genre auprès des mineurs.
- Il s’agit du premier signe clair de changement de politique en matière de droits LGBT+ depuis l’arrivée de Péter Magyar au pouvoir.
- Cette législation avait été condamnée par la Cour de justice de l’Union européenne, qui a estimé en avril qu’elle violait « l’identité même » de l’Union.
- Le nouveau texte supprime les dispositions qualifiées d’homophobes et de transphobes, afin de se conformer à cet arrêt, tout en maintenant une protection de l’enfance ciblée sur la pornographie, l’exploitation sexuelle et les contenus susceptibles de nuire au développement des mineurs.
- On relève que Péter Magyar présente cette réforme comme une mise en conformité avec le droit européen plutôt que comme un rétablissement des droits LGBT+.
- Les associations de défense des droits, telles que la Háttér Society, saluent une avancée réelle mais rappellent que la reconnaissance juridique des personnes transgenres et l’adoption par les couples de même sexe demeurent exclues.
- Sur le plan extérieur, la Hongrie et l’Ukraine tentent de dépasser un conflit bilatéral qui a longtemps miné l’action européenne en faveur de Kiev.
- Le 12 octobre, la Rada a adopté un amendement rétablissant des droits linguistiques et éducatifs pour la minorité magyare d’Ukraine, supprimés en 2017 dans le cadre de la politique de réduction de l’hégémonie de la langue russe.
- En retour, Budapest ne fait plus obstruction au rapprochement de l’Ukraine avec l’Union européenne.
- La rencontre entre Volodymyr Zelensky et Péter Magyar à Bruxelles le 16 octobre a été présentée comme un « premier pas pour rétablir la confiance mutuelle », même si la relation bilatérale reste marquée par des malentendus et des sensibilités historiques.
- Cette normalisation répond aussi à une logique européenne : l’adhésion de l’Ukraine exige l’unanimité des États membres, et le retrait du veto hongrois constitue une condition politique essentielle.
- Elle témoigne d’un déplacement plus large de la Hongrie vers les positions pro-européennes, après des années de blocages et de rhétorique anti-ukrainienne sous Orbán.