Depuis l’arrivée au pouvoir de Péter Magyar et du parti Tisza en mai 2026 (ES 13.04.26), la Hongrie engage une recomposition institutionnelle destinée à effacer une partie de l’héritage de Viktor Orbán. Cette transition se traduit par des réformes anticorruption, un rapprochement avec l’Ukraine, la suppression de certaines lois anti-LGBT+ et le déblocage progressif de fonds européens jusque-là gelés au nom de l’État de droit.
- La victoire électorale de Tisza en avril 2026, avec 141 sièges sur 199, a été interprétée par le nouveau gouvernement comme un mandat de démantèlement du « système de coopération nationale » (NER) construit par Fidesz pendant seize ans.
- Péter Magyar a présenté son élection comme un véritable changement de régime et a appelé de nombreux hauts fonctionnaires nommés par Fidesz à démissionner.
- Les réformes adoptées sont à la fois constitutionnelles et institutionnelles.
- Le 17e amendement de la Loi fondamentale a abaissé à 70 ans l’âge de départ à la retraite des juges constitutionnels, provoquant le remplacement de cinq magistrats, dont le président de la Cour constitutionnelle Péter Polt.
- Il a également réduit le mandat des futurs juges de douze à neuf ans et transféré au sein même de la Cour l’élection de son président.
- Le 16e amendement a instauré une limite de deux mandats consécutifs de quatre ans pour le Premier ministre, fermant en pratique la voie à un retour de Viktor Orbán.
- Il a aussi permis l’abolition de l’Autorité de protection de la souveraineté (SZVH), institution critiquée pour avoir surtout visé les critiques du pouvoir plutôt que les ingérences étrangères réelles.
- Le déblocage des fonds européens constitue le test le plus immédiat de cette transition.
- Le Conseil de l’Union européenne a mis fin, le 13 octobre 2026, au mécanisme de conditionnalité activé en 2022 contre la Hongrie en raison de risques de corruption.
- Cela libère 4,2 milliards d’euros et rétablit l’accès de la Hongrie à Erasmus+ et à Horizon Europe.
- Cette décision intervient après l’adoption par le gouvernement Magyar de réformes de transparence et de lutte contre la corruption.
- Elle s’inscrit dans un accord plus large conclu avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, portant sur un total de 16,4 milliards d’euros en échange de réformes et de plans d’investissement.
- La Hongrie sollicite également 10 milliards d’euros au titre du mécanisme pour la reprise et la résilience (MRR), tandis que 2,2 milliards d’euros supplémentaires sont liés à des progrès en matière de liberté académique.
- Budapest affirme avoir rempli l’ensemble des conditions à la fin août ; la Commission évalue encore leur effectivité, avec une décision potentielle d’ici la fin de l’année.
- Pour les juristes John Morijn et Kim Lane Scheppele, la difficulté consiste à « débloquer les fonds sans faire fondre l’État de droit ».
- Ils rappellent qu’environ 36 milliards d’euros avaient été bloqués par le jeu combiné de trois instruments juridiques : le règlement sur la conditionnalité de l’État de droit, les « super-jalons » du MRR et la conditionnalité liée à la Charte des droits fondamentaux.