Comme le notent certains observateurs, le réarmement allemand est nécessaire face à la menace russe et aux incertitudes sur l’engagement américain, mais il ravive les craintes de domination de Berlin. Certes, Friedrich Merz veut faire de la Bundeswehr la première armée conventionnelle européenne d’ici 2039. Pourtant, l’Allemagne privilégie les achats nationaux et américains, au détriment des coopérations européennes. Comment ancrer la puissance allemande dans des structures européennes ?
- Les investissements lancés par les États membres de l’UE, et soutenus financièrement par des mécanismes européens, sont avant tout nationaux et non coordonnés, notent Thierry Chopin et Samuel B. H. Faure dans Le Grand Continent.
- Leur analyse souligne combien le réarmement européen se heurte à un verrou bureaucratique et industriel national.
- Malgré une hausse de plus de 45 % des dépenses militaires depuis 2022, l’Europe reste dépendante des équipements américains, tandis que les États privilégient leurs industries nationales.
- Moins de 20 % des équipements de défense sont acquis dans le cadre de coopérations européennes.
- Cette fragmentation multiplie les programmes, réduit l’interopérabilité et dilue l’efficacité des dépenses.
- Les auteurs préconisent de renforcer les financements européens, d’orienter les budgets nationaux vers les achats communs, de consolider l’industrie et d’européaniser les administrations.
- L’enjeu est de transformer l’ambition politique en capacités opérationnelles d’ici 2030.
- Outre des pertes considérables d’argent, pareilles divisions ne peuvent qu’approfondir les vulnérabilités et le retard technologique et opérationnel de l’Europe,
- Ce retard risque d’être renforcé par une absence d’interopérabilité de ses nouveaux systèmes, alors même que les cyberattaques paralysent toujours plus la société civile.