L’automne 2026 est marqué par une série de mobilisations étudiantes, syndicales et citoyennes qui parcourt l’Europe. Elles ne forment pas un mouvement unique, mais partagent un socle commun : refus de la corruption, exigence de services publics et de logements abordables, rejet d’un modèle économique et politique qui exclut durablement une partie de la jeunesse. Cette vague intervient plus ou moins à l’approche d’échéances électorales, transformant la rue en variable politique centrale.
- En Serbie, le mouvement étudiant est devenu le principal défi politique à Aleksandar Vučić.
- Déclenchées par l’effondrement, en novembre 2024, de la marquise de la gare de Novi Sad, qui a tué seize personnes, les manifestations ont d’abord réclamé une enquête transparente sur des travaux de rénovation entachés, selon les manifestants, de corruption et de négligence (ES 24.03.25).
- La mobilisation s’est ensuite élargie à une critique de fond du clientélisme, de l’autoritarisme et de la captation des institutions publiques par le parti SNS au pouvoir.
- Les étudiants ont fini par constituer une « Liste étudiante », sans leader unique, présentée aux élections législatives anticipées du 25 octobre 2026.
- Le scrutin, convoqué après une pression de près de deux ans, est devenu une épreuve de vérité entre le système du SNS Vučić, au pouvoir depuis 2012, et une génération politique née dans la rue.
- Avant le vote, environ 150 000 personnes ont participé à un rassemblement à Belgrade, tandis que les sondages donnaient un duel serré entre le Parti progressiste serbe et la Liste étudiante.
- En Albanie, la contestation étudiante s’est cristallisée autour de la « Flamingo Revolution » (ES 06.07.26), née de l’opposition à un projet touristique de luxe sur la côte méridionale associé à une société liée à Jared Kushner, gendre de Donald Trump.
- Le mouvement a rapidement débordé ce conflit foncier pour viser la corruption, la dégradation des universités, le coût des études et l’absence de perspectives professionnelles.
- À partir de la mi-octobre, lycéens et étudiants ont investi les rues de Tirana, réclamant la démission du Premier ministre Edi Rama, au pouvoir depuis 2013.
- Les manifestations ont dégénéré à plusieurs reprises : incendie de bâtiments publics, affrontements avec les forces de l’ordre, gaz lacrymogène, canons à eau, feux d’artifice et tirs de balles en caoutchouc.
- Plus de 500 personnes auraient été interpellées au cours de la première semaine de mobilisation.
- Les revendications sont à la fois matérielles et institutionnelles :
- baisse des frais de scolarité, accroissement de l’investissement public dans l’éducation, réforme électorale et lutte contre la corruption.
- Rama refuse de démissionner, dénonce des violences et évoque des « mains étrangères », tandis que l’opposition démocrate soutient la rue et réclame un gouvernement transitoire avant des élections anticipées.
- En Slovaquie, la mobilisation est moins structurée qu’en Serbie ou en Albanie, mais elle s’inscrit dans la même séquence de défiance envers un pouvoir accusé de concentrer les ressources, de contrôler les médias et de fragiliser les institutions (ES 27.01.25).
- Les protestations visent notamment la corruption, la dérive autoritaire du gouvernement de Robert Fico et l’alignement contesté de sa politique étrangère, dans un contexte de polarisation accrue avant les échéances électorales.
- La jeunesse slovaque y occupe une place particulière : elle a été l’un des moteurs des grandes mobilisations civiques de 2018 après l’assassinat du journaliste Ján Kuciak, et elle demeure particulièrement sensible aux questions de transparence, d’indépendance judiciaire et de qualité des services publics.
- La Slovaquie confirme ainsi une tendance régionale : la corruption n’est plus perçue comme un scandale isolé, mais comme un dysfonctionnement systémique qui dégrade l’école, la santé, le logement et la confiance démocratique.
On distingue deux vagues successives et partiellement connectées. La première, pionnière, s’est développée autour d’un refus de la corruption, du clientélisme et de la captation des institutions par des pouvoirs jugés autoritaires. Cette première vague est donc d’abord une contestation de la qualité démocratique et de l’intégrité de l’État.