TANT PiS

De temps en temps, le soleil se lève à l’Est. Si les nouvelles de Slovaquie la semaine dernière avaient assombri le ciel européen, le vent nouveau venu de Pologne a apporté une éclaircie.  

Douloureuse épine dans le flanc de l’UE depuis le retour au pouvoir, il y a 8 ans, du parti Droit et justice (PiS), national-populiste et eurosceptique aux réformes minant l’État de droit, la Pologne a changé de couleur ce dimanche 15 octobre 2023. Une alliance de centre-droit pro-européenne, composée des partis et coalitions “Plateforme Civique”, “Troisième Voie” et “Nouvelle Gauche”, l’a emporté avec 248 sièges, dépassant les 231 requis pour la majorité, bien que le PiS soit arrivé en première place avec 36% des votes.  

  • La participation, d’un taux record de 72,9%, et les manifestations d’ampleur du 4 juin et du 1er octobre 2023 témoignent d’une mobilisation de masse face au populisme menaçant.  
  • Ces élections sont les plus importantes dans l’histoire de la Pologne depuis 1989. 
  • Plus que la défaite du PiS, c’est la victoire de “l’autre Pologne”. 
  • On relèvera cependant que le socle de voix du PiS recule par rapport à 2019 mais reste supérieur à 2015
     
  • La campagne électorale a tourné à un affrontement entre deux personnalités politiques, Jarosław Kaczyński et Donald Tusk. 
  • Tous les deux sont issus de l’opposition Solidarnosc au régime communiste mais sont issus de générations et sensibilités différentes.  
  • Pour le podcast “Trait d’Union”, nous revenions sur ce duo/duel qui domine la politique polonaise depuis 20 ans. 
  • Jarosław Kaczyński exerce une très grande influence sur la politique du pays. 
  • Il est président du PiS depuis 2003, était Premier ministre en 2006-07, frère jumeau du défunt Président polonais Lech et associé au retour du pouvoir du parti en 2015. 
  • Donald Tusk revient en Pologne, après une longue parenthèse européenne, à la suite des multiples débâcles électorales de son parti. 
  • Il est le leader de Plateforme Civique (KO), a été Premier ministre entre 2007et 2014), puis président du Conseil européen entre 2014 et 2019 et enfin président du Parti populaire européen entre 2019 et 2022. 
  • Lors de ce drame, de nombreux hauts fonctionnaires polonais ont péri, dont le frère jumeau de Jarosław Kaczyński, Lech Kaczyński, alors président de la République.  
  • Jarosław Kaczyński est même à l’origine d’une théorie conspirationniste selon laquelle Donald Tusk, Premier ministre au moment du crash, aurait œuvré avec le Kremlin pour causer l’accident.  
  • De nombreuses et grossières tentatives pour discréditer l’opposition se sont succédé pendant la campagne électorale. 
  • La vidéo où D. Tusk (issue d’une minorité germanophone) est présenté par J. Kaczyński comme “un agent allemand”.  
  • Le PiS a dépensé en tout près d’un million d’euros pour de la publicité sur les réseaux sociaux, ciblant presque uniquement le leader de l’opposition. 
  • Des contenus anti-immigration ont également circulé et alimenté la désinformation en ligne.  
  • Ce ne sont pas les seuls canaux que le PiS a utilisés pour faire pencher le scrutin  : utilisation du pouvoir d’influence des entreprises publiques (la société étatique PKN Orlen possède 70% de la presse régionale depuis 2010) ; soutien inconditionnel de nombreuses chaînes de télévision et radio publiques et privées (TVP, Polskie Radio, Radio Maryja…) ; l’Église pour alliée…  
  • Le PiS est aussi accusé d’avoir eu recours au logiciel israélien Pegasus pour espionner l’opposition lors des précédentes élections.  
  • Pour mobiliser ses supporters, le gouvernement avait en outre organisé un referendum portant sur quatre questions clivantes : 
  • “Brader les actifs de l’État en les cédant à des entités étrangères” ? « Relever l’âge de la retraite” ? Supprimer “la barrière à la frontière avec le Biélorussie” ? t enfin, admettre des milliers d’immigrants illégaux du Moyen-Orient et d’Afrique, conformément au mécanisme de relocalisation forcée imposé par la bureaucratie européenne” ? 
  • Ce referendum horrendum était organisé le jour même des élections législatives par le PiS, soupçonné d’avoir voulu influencer les votes également de cette manière.  
  • De nombreux électeurs ont refusé de saisir du bulletin de vote adéquat, répondant à l’appel de l’opposition.  
  • Seuls 40% des électeurs ont finalement pris part au referendum, alors que plus de la moitié était requise pour le rendre juridiquement contraignant.