Au-delà du droit, il y a la politique. L’application des règles européennes n’est pas qu’une seule question de compliance – il y a aussi le timing politique, et le contexte géopolitique, en particulier alors que les Européens ont terriblement besoin des Etats-Unis dans leur stratégie de soutien à l’effort de guerre ukrainien. Ainsi, le site Contexte titrait «La Commission sort enfin les griffes contre X» — le mot «enfin» résumant à lui seul deux ans d’atermoiements, de pressions et de procédures.
- Premier grief : le badge bleu. Autrefois symbole de vérification d’identité gratuit, il est désormais vendu 7 euros par mois à quiconque veut l’acheter, sans aucun contrôle d’authenticité — un «dark pattern» qui induit les utilisateurs en erreur sur la fiabilité des comptes avec lesquels ils interagissent.
- Deuxième grief : le registre publicitaire, délibérément opaque, ne permettant pas aux régulateurs ni aux chercheurs d’identifier les annonceurs.
- Troisième grief : le refus d’accès aux données pour la recherche indépendante, pourtant une obligation légale explicite du DSA.
- L’amende se décompose en 45M€ pour les coches bleues, 35M€ pour la publicité, 40M€ pour l’accès aux données.
- Symboliquement significative — première application concrète de ce texte central du droit numérique européen — elle reste financièrement anecdotique pour l’empire Musk.
- Le Point l’avait noté avec perspicacité : «En punissant modérément X, Bruxelles préserve l’Ukraine».
- La modération de la sanction n’est pas seulement juridique — elle est géopolitique.
- L’Europe ne peut pas se permettre une guerre ouverte avec Washington au moment où elle dépend de son soutien militaire à Kiev.
- X a répliqué en bloquant l’accès de la Commission à son panneau publicitaire, puis en déposant dès février 2026 un recours devant le Tribunal de l’UE.
- L’entreprise est soutenue par l’Alliance Defending Freedom International — ONG américaine pro-«liberté d’expression» à l’agenda clairement politique.
- D’autres enquêtes contre X sont en cours : algorithme de recommandation, contenus illégaux, et désormais le chatbot Grok pour des risques de génération d’images sexuelles impliquant des mineurs.