MUSK vs MONNET 

C’est à ce genre de détail qu’on comprend à la fois la mégalomanie et le sentiment de puissance que ressentent les Big Tech : Elon Musk a publiquement appelé à la dissolution de l’Union européenne, sur sa propre plateforme X, en réaction à une décision de justice de l’exécutif européen. Le Monde en parle au lendemain de l’amende de 120 millions d’euros infligée à X pour violations du DSA. Elon Musk a posté «Bulls***» sous le communiqué de la Commission, avant de réclamer que «la souveraineté soit rendue aux pays individuels». En d’autres termes : que l’UE cesse d’exister. 

  • Ce moment aurait pu être traité comme un simple éclat de colère d’un milliardaire impulsif.  
  • Il s’avère être le symptôme d’un conflit structurel plus profond. En effet, E. Musk n’est pas seul : JD Vance, Marco Rubio, l’ambassadeur Andrew Puzder — toute la garde rapprochée de l’administration Trump s’est engouffrée dans la brèche, dénonçant une «attaque contre le peuple américain» et une réglementation «excessive visant l’innovation américaine».  
  • Ce qui était une affaire réglementaire est devenu, en 48 heures, un incident diplomatique transatlantique. 
  • La réaction américaine s’est traduite en actes :  
  • le 23 décembre 2025, Marco Rubio sanctionne l’ancien commissaire Thierry Breton — gels d’avoirs, interdiction d’entrée sur le territoire américain.  
  • Puis le Congrès américain publie, avant même la Commission européenne, la décision de sanction intégrale de 183 pages contre X, obtenue par subpoena. 
  • Une démonstration de force autant qu’un signal politique : l’application du droit européen est désormais un enjeu de politique étrangère américaine. 
  • Une révélation vient du Financial Times : la Commission européenne aurait mis en suspens l’enquête active contre X pour violations potentielles du DSA — en raison des négociations commerciales en cours avec Washington. Des experts de la société civile qui travaillent quotidiennement sur l’application du DSA l’ont dit clairement : 
  • «L’application du droit européen ne devrait jamais être utilisée comme monnaie d’échange dans des négociations commerciales, surtout quand des droits fondamentaux sont en jeu.» 
  • Le commissaire au Commerce Šefčovič a posé les termes officiels de la position européenne : « Nous ne pouvons rien donner qui concerne notre législation, mais nous sommes prêts à parler. »  
  • Le Financial Times semble indiquer que, dans la pratique, quelque chose a déjà été donné.  
  • C’est précisément ce type de glissement — sans débat public, sans vote et sans transparence — qui érode durablement la crédibilité réglementaire européenne. 
  • Forrester le notait dans ses prédictions 2026 : la quête de souveraineté européenne ne délogera pas la domination technologique américaine. On commence à comprendre pourquoi.