SURSAUT SOUVERAIN  

De Davos aux capitales européennes, le mot souveraineté s’est imposé comme le mantra de 2026. Mais entre les discours et les actes, l’écart reste vertigineux. Une étude publiée en avril 2025 le chiffre sans détour : les entreprises européennes dépensent chaque année 264 milliards d’euros auprès d’acteurs américains pour leurs services cloud et logiciels — soit 83% de leurs dépenses dans ce domaine. Pour comparaison, c’est presque autant que la facture énergétique totale de l’UE. 

  • De son côté, le Parlement européen a tenté de poser une définition opérationnelle de cette souveraineté dans son rapport A10-0107/2025 : la souveraineté technologique y est définie comme «la capacité à concevoir, développer et mettre à l’échelle les technologies numériques nécessaires à la compétitivité économique, au bien-être des citoyens et à l’autonomie stratégique ouverte de l’Union».  
  • Sur le papier, l’ambition est claire. Dans les faits, la France continue de financer des accords-cadres massifs avec Microsoft pour l’Éducation nationale — tout en sachant que le directeur des affaires publiques de Microsoft France ne peut pas garantir devant le Sénat que des données publiques françaises ne seront jamais communiquées au gouvernement américain. 
  • Dans un monde où la technologie redéfinit les rapports de force, la souveraineté européenne ne s’improvise pas : elle se construit, avec stratégie, patience et audace. 
  • Les signaux positifs existent cependant.  
  • Eutelsat est recapitalisé à 1,5 milliard pour tenir face à Starlink.  
  • Et la Commission attribue pour la première fois un grand contrat informatique à des fournisseurs européens, via un appel d’offres intégrant des critères de souveraineté — un geste encore symbolique, mais qui trace une direction.  

La vraie question n’est pas de savoir si l’Europe veut être souveraine : c’est de savoir si elle est prête à en payer le prix politique.