La politique étrangère de l’administration Trump, loin des promesses non-interventionnistes de la campagne présidentielle, se caractérise par une multiplication des projections militaires. Après l’Iran en juin 2025, le Nigéria à Noël 2025, puis l’opération éclair au Venezuela ayant conduit au kidnappage de Nicolás Maduro, les menaces répétées visent désormais le Groenland. Entre frappes contre des alliés de Moscou et menaces visant directement un État membre de l’Union européenne, les Européens se trouvent contraints à un délicat jeu d’équilibriste, tant leur sécurité reste indissociable du soutien américain à l’Ukraine.
- Washington est même allé jusqu’à arraisonner un pétrolier de la « flotte fantôme » russe.
- Anciennement Bella 1 et rebaptisé Marinera, poursuivi en haute mer par les garde-côtes dans l’Atlantique Nord alors qu’il tentait d’échapper à une interdiction liée à des sanctions contre le transport d’hydrocarbures.
- Les forces américaines l’ont intercepté et saisi après une longue traque, malgré un changement de nom et de pavillon pour compliquer l’action.
- Ce navire est accusé de faire partie de ces tankers opérant pour contourner les sanctions internationales sur le pétrole vénézuélien et russe.
- Dans un premier temps, ces frappes et pressions contre des alliés de la Russie ont pu donner l’illusion d’un affaiblissement de Moscou favorable aux Européens, rappelant de facto le caractère éminemment régional de la puissance russe.
- Par ailleurs, comme le souligne l’analyste Dimitri Minic (Ifri), à mesure que la politique américaine se « russifie » dans ses méthodes, Washington s’éloigne d’un potentiel partenariat avec Moscou.
- Toutefois, il faudrait bien se garder d’y voir un intérêt pour les pays européen.
- En effet, l’intervention américaine au Venezuela s’inscrit avant tout dans une logique ancienne :
- celle du corolaire Roosevelt de la doctrine Monroe, selon laquelle « l’hémisphère occidental » constitue une zone d’influence exclusive des États-Unis.
- L’éviction de Nicolás Maduro répond à une volonté de contrôle stratégique du continent américain, et particulièrement de contrôle des larges ressources pétrolières du pays.
- Certes, l’opération a exposé l’incapacité de la Russie à protéger un allié clé en Amérique latine, soulignant les limites de sa projection de puissance d’autant qu’elle s’est accompagnée de l’arraisonnement de son pétrolier dans l’Atlantique nord.
- Mais y voir un bénéfice indirect pour l’Ukraine serait une erreur d’analyse.
- Rien n’indique que la Maison-Blanche ait agi au Venezuela en pensant à Kiev :
- l’objectif n’était ni de contenir Moscou en Europe, ni de renforcer le front ukrainien, mais bien de réaffirmer une hégémonie dans « l’hémisphère occidental ».