S’il y a une écologiste européenne qui semble avoir bien pris la mesure du nouveau Zeitgeist, c’est la nouvelle cheffe du parti vert allemand. Dans son discours au European Studies Centre de l’Université d’Oxford le 14 mai 2026, la députée Franziska Brantner soulignait d’ailleurs cet isolement croissant de l’Europe, et le manque de gouvernance unique et défini pour la défense européenne. En cela, elle appuie directement la vision d’Andrius Kubilius (ES 1/6/26) et insiste même sur la nécessité d’une telle union pour ne pas diluer les sommes colossales engagées dans le réarmement européen.
Elle insiste d’ailleurs sur le « déni allemand » et souligne que Berlin peine à reconnaître l’ampleur de ses vulnérabilités, notamment dans le domaine militaire, numérique et industriel.
Malgré une base économique forte, l’Allemagne reste dépendante de technologies critiques étrangères et sous-investit dans ses capacités souveraines. Brantner appelle ainsi à une Europe de la défense intégrée, incluant cloud souverain, IA, semi-conducteurs et sécurisation des matières premières.
L’enjeu est de transformer l’Allemagne d’une puissance “économique passive” en acteur stratégique assumé. Le texte conclut que le déni allemand freine la capacité européenne à s’adapter à un monde de rivalité systémique.
D’autant plus que si les Européens ne sont pas tout à fait dénués d’alliés économiques et politiques, ni de moyens de défense, les menaces à peine voilées et attaques répétées de l’administration Trump à l’encontre de l’Europe ont, selon F. Brantner, un fond de vérité : l’Europe s’est trop longtemps reposée sur son allié outre-Atlantique.
C’est un reproche encore et toujours martelé par le Secrétaire à la Défense américain, Pete Hegseth, qui sonne moins vrai aujourd’hui cependant.
L’attitude vindicative et très égocentrique de l’administration Trump arrive pourtant à user la patience des plus féodalisés, cependant : l’Allemagne, après moultes excuses et courbettes, a fini par s’agacer des annonces de retrait de troupes américaines des bases européennes.
C’est que Johann Wadephul, ministre des Affaires étrangères allemand, affirme à raison que “Les Etats-Unis ont besoin de ces bases, autant pour leur sécurité que pour la nôtre.”
Le choc est de mise en Pologne aussi : le retrait annoncé par Donald Trump de 4000 militaires de Pologne le 22 mai, avant de revenir sur sa décision et d’annoncer, dans un flou digne de l’accord corrompu passé avec son propre gouvernement, l’envoi de plus de troupes américaines chez cet allié européen historique (dont le président Karol Nawrocki est également aligné politiquement sur le populisme trumpien – ES 9/6/25).
Des annonces quasi-quotidiennes et toujours contradictoires, qui surprennent et agacent les législateurs et exécutifs européens.
S’il reste des convaincus de la nécessité de construire la défense européenne avec les Etats-Unis –au premier rang desquels l’Allemagne et la Pologne–, l’illibéralisme et l’agressivité de l’administration Trump met à mal les bonnes volontés européennes, et renforce l’argument de la Commission en faveur d’achats auprès d’industriels européens, et d’une union de la défense à l’initiative du Vieux Continent.
Absentes du discours de F. Brantner, les tendances électorales plus récentes que celle de novembre 2024 –la défaite de Viktor Orban, les manifestations anti Fico en Slovaquie, les sondages d’opinion publique désastreux pour Trump aux Etats-Unis…– montrent pourtant que l’UE tient le bon cap : celui de valeurs démocratiques et d’une politique sécuritaire qui ne tourne pas le dos à ses voisins.
Sur le sujet des voisins d’ailleurs, F. Brantner n’hésite pas à parler du malaise de certains Européens face au réarmement soudain et massif de l’Allemagne ; le monde a beau oublier trop vite les horreurs de la Seconde guerre mondiale, la montée en puissance du parti d’extrême-droit allemand, l’AfD, en parallèle d’un changement de doctrine fiscale au profit du réarmement allemand crée des inquiétudes légitimes.
D’autant plus que ce réarmement n’est pas ancré dans une dynamique proprement européenne : comme la Pologne, le chancelier allemand Friedrich Merz n’est pas attaché à l’achat auprès d’industriels européens, comme souhaité par la Commission européenne et des Etats-membres comme la France.