Quand une mesure stratégique structurelle comme la mise en place de la CBAM devient très couteuse économiquement, donc politiquement, faut-il la suspendre ou l’amortir ? La valse-hésitation du gouvernement français, sous la pression des grands lobbies agricoles, entre le retrait temporaire des engrais du champ d’application de la CBAM ou la mobilisation d’un fonds compensatoire fait figure de cas d’école.
- En effet, les engrais azotés sont particulièrement gourmands en énergie et la guerre russo-ukrainienne (ES 7/7/22), puis le blocage du détroit d’Ormuz consécutif à l’agression américano-israélienne sur l’Iran (ES 30/3/26), ont considérablement renchéri le coût de ces intrants indispensables au modèle européen de production agricole intensive.
- Pour la Commission, malgré les pressions de Paris, le choix est fait: il faut compenser et ne pas remettre en cause le dispositif.
- Dans une étude approfondie, le think-tank danois “Europa” rappelle que le secteur des engrais constitue justement le premier test grandeur nature de la CBAM, révélant ses tensions économiques et politiques.
- Très exposé aux coûts carbone, il subit des hausses de prix importantes et une forte incertitude réglementaire, notamment autour d’éventuelles exemptions.
- Cette instabilité a déjà perturbé les marchés, freiné les échanges et inquiété agriculteurs comme industriels.
- Le cas des engrais met en lumière un dilemme central : concilier ambition climatique, compétitivité industrielle et sécurité alimentaire.
- L’étude montre surtout que le CBAM, loin d’être un simple outil technique, agit comme un révélateur des fragilités structurelles de certains secteurs et des arbitrages politiques nécessaires à la transition.