YOU CAN STAND UNDER MY UMBRELLA, EH EH

La dépendance des Européens vis-à-vis des États-Unis dans leur soutien à l’Ukraine devient cruciale dans le contexte d’un basculement du Congrès américain à la suite des élections de mi-mandat. Avant l’élection présidentielle de 2024, qui pourraient potentiellement représenter une prise de contrôle républicaine de la sphère politique américaine et des représailles de l’isolement trumpiste, une série de questions/réponses pour Carnegie Europe explore les hypothèses.

  • Parmi les contributeurs un consensus émerge : les États-Unis assument le leadership, tant sur le plan financier que politique, en apportant leur soutien à l’Ukraine, en termes d’équipements militaires envoyés et de soutien financier promis.
    • De même, les fondements de l’unité européenne, mis en place après le début de la guerre, constituent une réponse aux pressions politiques exercées par les États-Unis.
      • L’Europe, qui manque encore d’autonomie stratégique militaire, aurait très bien pu se contenter d’une résolution diplomatique du conflit aux conditions de la Russie.
  • Les pays européens ont toutefois fourni des efforts considérables, ensemble, dans la crise actuelle.
    • C’est particulièrement le cas en ce qui concerne la gestion de l’accueil des migrants ukrainiens.
      • Cette action est totalement indépendante des États-Unis.
    • Des disparités subsistent cependant quant à la façon dont l’Est et l’Ouest de l’Europe perçoivent la guerre.
      • Les pays d’Europe centrale et orientale soutiennent l’Ukraine sans faillir car ils perçoivent la Russie comme une menace pour leur propre sécurité future.
      • L’Europe occidentale semble moins ferme sur la question : le manque de leadership de l’Allemagne et l’incapacité de la France à prendre la tête d’une véritable initiative militaire paneuropéenne sont révélateurs d’un manque de leadership qui laisse le continent dans un état de dépendance vis-à-vis des États-Unis.

  • La plus grande menace pour l’unité européenne face à la Russie, plus que la perte du soutien des États-Unis, semble plutôt être le mécontentement de la population européenne elle-même, comme c’est déjà le cas en Moldavie.
    • Avec la crise énergétique, qui n’est toujours pas résolue, l’augmentation du coût de la vie, l’omniprésence des messages russes dans le discours en ligne et l’absence de fin claire au conflit, l’Europe doit se concentrer de toute urgence sur les moyens de s’assurer le soutien de sa propre population avant d’évaluer les conséquences d’un éventuel arrêt de l’aide par les États-Unis.

  • Cette préoccupation concernant l’état de l’autonomie stratégique militaire de l’Europe est réitérée dans une lettre republiée par Euractiv et signée par un certain nombre de chercheurs, notamment Daniel Fiott (EUISS) Alessandro Marrone, responsable du programme de défense à l’Istituto Affari Internazionali (IAI), et Fédérico Santopinto, chargé de recherche à l’Institut français des affaires internationales et stratégiques (IRIS).
    • Dans cette lettre, un avertissement est lancé concernant la tendance à l’augmentation des dépenses militaires nationales.
      • Selon eux, dans les années à venir, les pays européens consacreront 200 milliards d’euros aux dépenses militaires sans stratégies de coopération claires ni achats conjoints.
      • Ils estiment que cela entrave la réflexion stratégique à long terme et risque de fragmenter la base industrielle technologique et de défense européenne (BITDE).
    • Ils saluent cependant les tentatives de la Commission européenne d’inciter à une stratégie militaire commune par le biais de la proposition de mai 2022 sur le renforcement de l’industrie européenne de la défense par des achats communs (EDIRPA).
      • Ses achats communs de 500 millions d’euros restent toutefois trop maigres pour dissuader suffisamment les dépenses militaires individualistes.
    • Au-delà de la demande d’augmentation du budget du Fonds européen de défense et du Programme européen d’investissement dans la défense, les auteurs de cette lettre appellent à une plus grande coopération diplomatique de la part des dirigeants des pays européens eux-mêmes, en mettant notamment l’accent sur le moteur franco-allemand, actuellement très tendu.