EN ORDRE DISPERSÉ

Jean Pisani-Ferry, chercheur au groupe de réflexion Bruegel, met en garde contre ce qu’il perçoit comme une incapacité des dirigeants européens à définir une politique énergétique commune, créant ainsi des frictions et des disparités au sein de l’Union qui, finalement, nuiront à tous les États membres.

  • Les effets actuels de la crise énergétique ont déjà des effets inégaux sur les différents États membres.
    • Cette disparité s’expliquerait en grande partie par l’échec de la mise en place d’une politique énergétique commune.
      • On relève en particulier 6,2 % d’inflation en France en septembre contre 24% pour l’Estonie.
  • L’annonce récente par l’Allemagne de la mise en œuvre d’un plan de soutien de 200 milliards d’euros pour les ménages allemands a suscité des inquiétudes au sein de l’UE, car elle est considérée comme une course aux subventions que seule l’Allemagne peut se permettre.
    • Ceci n’est que l’illustration tendance qui se dessine déjà à travers l’UE, avec des niveaux de subvention très variables d’un pays à l’autre.
      • 1 % du PIB en Suède, 5 % en Grèce et en Allemagne.
    • Les régimes fiscaux représentent un problème similaire : les plafonds de prix, les stratégies de double tarification, les modifications de la taxe sur la valeur ajoutée qui, à l’unisson, sont synonymes d’incohérence.
      • Ces écarts affaiblissent l’unité du marché et ont donc un impact négatif sur le marché unique et sa monnaie dans son ensemble.
  • Les stratégies de la France et de l’Allemagne sont emblématiques de cette incohérence politique.
    • La France prévoit de limiter à 15% l’augmentation des prix du gaz et de l’électricité pour les ménages et les petites entreprises en 2023, tandis que l’Allemagne déclare qu’à partir de mars 2023, l’accès à l’énergie subventionnée sera limité à 80% de la consommation passée des ménages et des entreprises.
    • De même, la France soutient la « solution ibérique » de plafonnement des prix alors que l’Allemagne s’y oppose.
  • Une stratégie énergétique commune pourrait permettre une réduction considérable des coûts sur l’ensemble du continent.
    • Jean Pisani-Ferry appelle donc à des compromis : la France pourrait plaider pour davantage d’initiatives de réduction de la demande et l’Allemagne pourrait admettre les risques de subir une plus grande volatilité des prix.
      • Cependant, dans le climat actuel de méfiance qui imprègne l’élaboration des politiques européennes, plus particulièrement entre la France et l’Allemagne, cette issue semble peu probable.
    • L’urgence est pourtant là : l’Agence internationale de l’énergie a indiqué que l’Europe pourrait être confrontée à un déficit de 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel pendant la période clé de remplissage des stocks l’été prochain si des mesures décisives ne sont pas prises rapidement.
      • Cette estimation est basée sur des calculs supposant l’arrêt continu des importations de gaz russe par gazoduc et un retour aux niveaux de 2021 pour le GNL chinois.