DEEPLOMATIC

Dans une analyse pour le grand continent, l’experte en tech-policies Asma Mhalla explore la géopolitisation de plus en plus cruciale de la technologie et des médias sociaux, une tendance politique qui ne peut que s’accentuer avec les talks de métaverses, l’intégration de l’IA aux modèles actuels de médias sociaux…

  • L’hybridation de la guerre et manipulation de l’opinion publique est clairement indiscutable au regard des derniers événements d’Ukraine, la lutte d’influence franco-russe au Sahel, entre autres cas ces derniers mois.
  • La cyberdestabilisation politique devient un nouvel outil de guerre – comme le soulignent les épisodes d’interférences dans les élections américaines, le référendum du Brexit, ou l’élection présidentielle française (rappelé en octobre 2021 par le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères).
  • L’accent est mis de plus en plus sur la  » techplomatie « , les grandes plateformes technologiques commençant à être traitées au même titre que les diplomaties étatiques.
  • Face à la fragmentation de l’Internet mondial en 4 pôles : USA, Russie, Chine et reste du monde (y compris l’Europe qui est dépendante des USA), une réaction urgente est nécessaire, car les régimes autoritaires n’ont pas attendu pour clarifier leur philosophie en matière de technologie.
    • La question devient donc : comment gérer et réformer des plateformes devenues des armes de déstabilisation massive ? Comment arbitrer entre une vision libertarienne (qui a fait ses preuves avec l’échec actuel de la démocratie américaine que les analystes considèrent au bord d’une guerre civile sur de nombreux sujets) ou une vision démocrate à l’européenne cherchant à responsabiliser les plateformes
    • L’Europe a déjà potentiellement commencé à trancher en faveur d’une visée démocratique régulée de ces technologies comme le montre le cas des Facebook Files fin 2021 avec un désir de construction d’une souveraineté technologique s’illsutrant par une souveraineté normative défensive.
      • Le parlement européen s’est aussi saisi du sujet aussi à travers un rapport de la députée Sandra Kalniete (LV-PPE), adopté en février 2022.

Asma Mhalla plaide pour une transformation de cette co-dépendance transatlantique, au potentiel conflictuel important, en liens d’interdépendance octroyant à l’Europe les moyens de sa puissance, surtout en termes de pouvoir maintenir un rapport de force en cas de conflit.

    • Le temps est donc clairement venu de (géo)politiser la question technologique.