FRINGE

Après que les États-Unis et le Royaume-Uni ont pris la décision d’un embargo sur l’énergie en provenance de Russie, les discussions autour d’un potentiel embargo de l’Union européenne ont été intenses. Cependant, les premières conclusions du Conseil européen ne semblent pas entériner de nouvelles sanctions énergétiques de ce type.

  • Une des raisons est que les États membres de l’UE restent trop divisés sur la question. Si certains pays, tels que la Pologne et la Lituanie, exhortent à l’Union à adopter un embargo sur le pétrole russe, d’autres États européens trop dépendants à celui-ci s’y opposent.
    • Helen Thompson estime que l’énergie constitue une ligne de fracture fondamentale au sein de l’Union, les pays européens ayant adopté des attitudes très différentes quant à leur volonté de s’affranchir de la dépendance au gaz russe.
      • Le Premier ministre belge, Alexander De Croo a déclaré qu’un tel embargo aurait un « impact dévastateur sur l’économie européenne ».
      • Samedi 2 avril, le ministère lituanien de l’Énergie a annoncé que son pays serait le premier État membre de l’UE à cesser complètement d’importer du gaz en provenance de Russie.
      • Le ministre de la Défense lituanien rappelle que son pays était entièrement dépendant du gaz naturel russe en 2015. Leur alternative est l’importation du gaz de divers pays, par le terminal de GNL (gaz naturel liquéfié) de Klaipeda, qui a symboliquement était baptisé “Indépendance”.
  • À l’heure actuelle, la priorité pour l’Union européenne est d’assurer la sécurité et la diversification des approvisionnements en énergie, pour réduire la dépendance vis-à-vis de la Russie.
    • Le 23 mars, la Commission européenne a déposé une proposition de règlement exigeant des États européens que leurs réservoirs de gaz soient remplis à hauteur de 80% de leur capacité pour l’hiver prochain.
      • Par la suite, ces réservoirs devront être remplis à 90% pour renforcer la sécurité de l’approvisionnement en gaz.
    • Les 27 dirigeants européens se sont mis d’accord pour acheter du gaz et de l’hydrogène en commun, en partenariat avec la Moldavie, l’Ukraine et la Géorgie.
      • La mutualisation de la demande devrait faciliter et  renforcer, le rayonnement de l’Union à l’international auprès des fournisseurs, et garantirait des importations à des prix plus intéressants.
  • Politico estime toutefois que ce “cartel” d’acheteurs européens de gaz va être compliqué à mettre en place, pour plusieurs raisons, mais d’abord du fait des règles de concurrence communautaire.
    • Enfin, des persistent sur le découplage des prix de l’énergie et de l’électricité, les pays d’Europe du Nord étant très critiques sur le plafonnement des prix, notamment l’Allemagne.
      • À l’issue du Conseil, les dirigeants européens ont accordé à l’Espagne et au Portugal un statut spécial, avec une autorisation temporaire pour fixer des plafonds sur les prix de l’électricité.
  • Concernant la diversification des approvisionnements en énergie, les efforts se cumulent.
    • Jean-Yves Le Drian s’est entretenu dimanche 27 mars 2022 avec les chefs de la diplomatie saoudien et émirati, avant de se rendre cette semaine au Qatar, qui fait partie des trois premiers exportateurs mondiaux de GNL.
    • Ursula von der Leyen et Joe Biden ont tous deux annoncé l’augmentation de l’approvisionnement en GNL à l’Europe par les États-Unis.
      • Ce plan fixe l’objectif d’atteindre 15 milliards de mètres cubes d’exportations en 2022, pouvant aller d’ici à 2030 jusqu’à 30 milliards.
      • Ce volume s’ajoutera aux 22 milliards de mètres cubes que le pays devait livrer à l’Europe en 2022.
      • Cette livraison pourrait remplacer environ un tiers du gaz russe qui arrive dans l’UE aujourd’hui.
    • Les ONG appellent  à donner la priorité aux énergies propres dans ces livraisons, ainsi qu’aux politiques de réduction de la demande d’énergie.
  • On relèvera enfin que si la semaine dernière, la Russie avait annoncé son refus d’accepter tout paiement de gaz en euros ou en dollars, pour privilégier le rouble, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que cette exigence ne se fera pas immédiatement.
    • En effet, la mise en place de nouvelles règles opérationnelles en la matière prend forcément du temps, relate Politico.
    • Peut-être aussi qu’une réponse favorable et immédiate des Européens était attendue au Kremlin.

Les hésitations ne devraient plus se maintenir longtemps. Face aux  massacres de Boutcha, où plus de 400 civils ukrainiens ont été tués, torturés, violés, la Commission européenne a présenté un nouveau train de sanctions à l’encontre de la Russie, notamment en matière énergétique.

  • La pression se fait sentir sur l’Allemagne et l’Italie pour qu’elles modifient leur position sur l’interdiction d’importer du gaz russe.
  • Si l’embargo sur le gaz russe par l’Union européenne semble compromis à l’heure actuelle, la Commission a présenté, le 5 avril, de nouvelles sanctions, et en particulier l’arrêt des importations de charbon en provenance de Russie explique Les Echos.
    • Le charbon russe représente un volume de 4 milliards d’euros par an, et 45% des importations de l’UE. Il est la source d’énergie la plus aisément substituable pour l’Union, face au pétrole ou au gaz.
    • Si cette interdiction du charbon ne se fera pas sans douleur, elle serait nettement moins dommageable pour l’Union qu’une interdiction sur le pétrole ou encore le gaz.