La campagne du Brexit de 2016 a marqué les esprits du fait de sa désinformation systémique, dont Nigel Farage fut l’un des principaux visages.
- Le cas le plus célèbre est le slogan des « 350 millions de livres par semaine » prétendument envoyés à l’UE et qui pourraient financer le NHS
- Ce chiffre était trompeur, car il ignorait notamment le rabais britannique et les retours budgétaires européens, et il a été relayé comme argument politique central du camp du Leave.
- Frappé d’amnésie partielle, N. Farage a ensuite cherché à se désolidariser de la promesse explicite de transférer cette somme au service de santé, tout en ayant lui-même contribué à installer l’idée qu’une sortie de l’UE libérerait des ressources massives pour le Royaume-Uni.
- À cela s’ajoutait une rhétorique fortement anxiogène sur l’immigration, illustrée par l’affiche « Breaking Point », qui exploitait visuellement la crise des migrants pour associer l’UE à une menace.
- Cette stratégie n’était pas seulement fondée sur des chiffres discutables, mais sur une méthode de politique politicienne que nous retrouvons de plus en plus fréquemment depuis : simplification extrême, répétition d’énoncés contestables, mise en scène d’une rupture et polarisation du débat public.
- Plusieurs analyses de presse et de fact-checking ont montré que la campagne du Brexit a fonctionné comme un écosystème d’arguments trompeurs, parfois relayés sans vérification suffisante, contribuant à brouiller la frontière entre faits et slogans.
- Le résultat fut durable : des études ont montré qu’une partie importante de l’opinion britannique continuait à croire à l’idée du « 350 millions » longtemps après le vote.
- Depuis, N. Farage s’inscrit de plus en plus dans un espace politique transnational de droite radicale, où se croisent le trumpisme, poutinisme, populisme souverainiste et l’hostilité aux élites libérales.
- En 2025 et 2026, il a multiplié les gestes de proximité avec Donald Trump et les réseaux conservateurs américains, notamment autour de la CPAC, où il a salué D. Trump comme « le plus brave homme » qu’il connaisse et présenté le Brexit comme un précédent utile à la vague populiste américaine.
- Des observateurs britanniques décrivent d’ailleurs Reform UK comme une sorte de « franchise MAGA », tant les convergences de style et de récit sont fortes : culte du leader, dénonciation des médias, obsession identitaire et guerre culturelle.
- Même lorsque N. Farage dit prendre ses distances sur certains points, il reste structurellement associé à cet univers politique.
- La relation avec l’AfD allemande relève de la même logique d’internationalisation des droites radicales.
- N. Farage a déjà pris la parole devant l’AfD et a été présenté comme un modèle de réussite eurosceptique par ce parti.
- Toutefois, N. Farage reconnaît le caractère ambigu de l’AfD, tout en maintenant une proximité idéologique sur les thèmes de souveraineté, d’identité nationale et de rejet des transformations migratoires.
- Autrement dit, il n’est pas seulement un ancien chef de la campagne du Brexit : il est devenu une figure-pivot d’un espace politique qui relie le Brexit, le trumpisme et certaines formations de l’extrême droite européenne, ce qui met à mal -sérieusement- l’esprit de ceux qui se présentent simplement comme ‘conservateurs’.
Au fond, la continuité est claire : en 2016, Farage a contribué à banaliser une politique de la post-vérité autour du Brexit ; aujourd’hui, il s’affiche dans des réseaux qui transforment cette logique en culture politique durable. La désinformation du Brexit n’apparaît donc pas comme un épisode isolé, mais comme un moment fondateur d’un style politique désormais circulant entre Londres, Washington et Berlin, encouragé par le Kremlin.