La question migratoire a été l’un des ressorts les plus puissants du Brexit. Dans la campagne de 2016, le thème de la « reprise du contrôle » des frontières a condensé des enjeux très différents — souveraineté, identité nationale, pression sur les services publics, transformation du marché du travail — en un seul mot d’ordre politiquement mobilisateur.
- Le vote Leave a largement reposé sur l’idée que la sortie de l’UE permettrait de reprendre la main sur les flux migratoires, alors même que les causes réelles des arrivées au Royaume-Uni étaient plus complexes que la seule appartenance à l’Union.
- En ce sens, la migration n’a pas seulement accompagné le Brexit : elle en a été un argument structurant, presque son langage commun.
- Après 2016, cette promesse est restée au cœur de la politique britannique, mais elle s’est heurtée à une contradiction durable.
- D’un côté, le Brexit a bien mis fin à la libre circulation avec l’UE ; de l’autre, les besoins économiques, les tensions sur le recrutement et les dynamiques internationales ont maintenu la migration au premier plan.
- Le débat s’est donc déplacé : il ne s’est pas éteint avec la sortie de l’UE, il s’est reconfiguré autour de la distinction entre migration « légale » et « illégale », et autour des arrivées en canot pneumatique traversant la Manche.
- Autrement dit, le Brexit n’a pas « réglé » la question migratoire ; il a au contraire installé cette question, de façon obsessionnelle, au centre de la politique intérieure britannique.
- Sous le gouvernement de Rishi Sunak, cette centralité est devenue encore plus visible.
- Dès 2022, il a fait de la réduction de la migration l’un des axes majeurs de son gouvernement, en promettant des lois plus dures, un commandement opérationnel dédié et des mesures de retour accéléré.
- Face à des chiffres de migration nette jugés « trop élevés », R. Sunak a répété qu’il voulait faire baisser les niveaux globaux, tout en refusant de fixer un seuil précis… un comble pour un Pendjabi qui justifie sa légitimité sur le passé colonial du Royaume-Uni.
- Cette ambivalence est révélatrice : politiquement, il devait montrer qu’un gouvernement conservateur tenait la promesse implicite du Brexit ; économiquement et administrativement, il ne pouvait pas simplement empêcher les candidats au travail de rentrer.
- L’impossible réalisation d’une des promesses du Brexit par R. Sunak donne l’impression que la question migratoire est devenue la mesure de crédibilité du Brexit.
- Les conservateurs ont continué à parler de « contrôle », mais les statistiques de migration nette sont restées élevées, alimentant l’idée d’un Brexit inachevé ou déçu.
- Dans le même temps, la focalisation sur les embarcations de fortune a donné à la politique migratoire une dimension symbolique très forte : elle a servi à dramatiser le passage de la frontière, à montrer l’autorité de l’État et à répondre aux attentes d’un électorat persuadé que le référendum avait justement porté sur ce point.
- Le paradoxe est donc clair : plus le Brexit prétendait rétablir la souveraineté, plus la migration devenait le test permanent de cette souveraineté… et la “solution” du traitement extérieur au Rwanda aura coûté sa place à R. Sunak.