Pour la première fois depuis 2010, la Hongrie a vécu une campagne électorale dont l’issue ne semblait pas courue d’avance. Le système politique construit autour de Viktor Orbán et de son parti, le Fidesz, largement critiqué, n’a pas empêché le changement de pouvoir. On peut même parler de déculottée en règle – 138 sièges pour Tisza, 55 pour Fidesz et 6 pour Mi Hazank. Une ambiance de fin de règne en Hongrie, commentait le Monde, qui de façon plutôt inédite a attiré l’attention de nombreux commentateurs ces dernières semaines et ce, pour plusieurs raisons.
- L’architecture constitutionnelle et électorale a été progressivement réformée depuis 2010, dans le but de renforcer les avantages structurels du Fidesz – le parti des jeunes démocrates.
- Son scrutin mixte combinant des circonscriptions uninominales et des listes proportionnelles, associé à des mécanismes de compensation entraîne des distorsions importantes dans la conversion des voix en sièges.
- À cela s’ajoute un découpage électoral favorable au parti au pouvoir, ainsi qu’un paysage médiatique profondément déséquilibré, expose l’OSCE.
- Ainsi, l’avantage que les sondages accordent au principal parti d’opposition Tisza était interprété avec prudence.
- Il ne suffit pas de remporter la majorité des voix, il faut le faire avec une marge suffisante pour surmonter les biais du système et en particulier dans les zones rurales où les réseaux clientélistes perdurent.
- Pour revenir sur les réformes à l’origine de ce régime qualifié d’illibéral, il est indispensable d’obtenir une majorité des deux tiers au Parlement, ce qui selon les dernières estimations est le cas.
- Le résultat de l’élection mobilise car ses conséquences pour l’Europe sont immenses.
- “Saboteur en chef de l’Union européenne… (Orban) a dépensé des millions de forints au service de son unique thème de campagne : taper nuit et jour sur Zelensky, allié présumé du leader de l’opposition” peut-on résumer par ces mots de l’Express.
- Opposant acharné au soutien à l’Ukraine, il est apparu ces derniers jours comme le principal cheval de Troie du Kremlin au Conseil européen.
- Défenseur d’un Etat de droit que l’on peut qualifier de peu exigeant, la fin de son ère s’accompagne d’une rigueur inédite dans les institutions de l’Union depuis le scandale du Qatargate. Les conséquences pourraient atteindre sérieusement ses compagnons de route européens, atteints du même virus : hurler sa haine de l’Union tout en se gavant de financements européens.
- Libération explique que Marine Le Pen a eu l’occasion d’exposer sa fascination pour V. Orban à la tribune de l’assemblée des Patriotes pour l’Europe, en compagnie de l’Espagnol de Vox Santiago Abascal, l’Italien de la Lega Matteo Salvini et du Néerlandais du Parti pour la liberté Geert Wilders.
- Agenda Publica estime que la défaite de ce chef de file pourrait avoir des répercussions directes sur le parti Vox tant sur le plan symbolique qu’en termes de capacité d’influence.
- Il convient de souligner que le projet politique de S. Abascal est d’« orbaniser » le pays.
- V. Orban est considéré comme une référence à des personnalités telles que Donald Trump.
- Il semble donc clair maintenant que les démonstrations grandioses de rébellion à Bruxelles assorties de shows affichant la proximité avec le mouvement MAGA ne suffisent plus.
- Elles ne peuvent pas contrebalancer une inflation qui dépasse les 25 % – le taux le plus élevé de l’Union – et un exode des jeunes qualifiés supérieur à la moyenne européenne.
- Ce modèle “orbanien” n’est pas porteur de prospérité.
- La Hongrie ayant refusé la compétence du procureur européen jusqu’à maintenant, les proches de V. Orban ayant profité de fonds européens ne sont peut-être plus à l’abri pour très longtemps.
- Le Premier ministre slovaque, R. Fico, va se retrouver bien seul et devra donc redoubler d’efforts pour se faire remarquer.
Pour cette campagne, la méthode Orban reste la même, la nouveauté est notable dans la capacité de son principal adversaire à le contester. Péter Magyar conserve un ton nationaliste, mais dénonce le haut niveau de corruption : cette stratégie semble lui avoir permis de toucher des électeurs qui, bien que critiques à l’égard du gouvernement, ne s’identifiaient pas à l’opposition habituelle hongroise.