Sur le papier, l’accord UE-Mercosur est l’un des plus vastes jamais conclus par l’Union, couvrant un marché de plus de 700 millions de personnes et supprimant la quasi‑totalité des droits de douane entre l’UE et l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Pour les exportateurs européens, il ouvre largement les marchés industriel et des services du Mercosur ; pour les pays sud‑américains, il sécurise l’accès à un débouché solvable pour leurs matières premières et produits agro‑alimentaires, comme le montre l’analyse du gouvernement brésilien.
- La place de l’agriculture, si centrale dans le débat français, reste quantitativement limitée dans l’architecture de l’accord.
- Les concessions portent surtout sur quelques filières sensibles (bœuf, volaille, sucre, éthanol, miel), encadrées par des contingents tarifaires et des clauses de sauvegarde bilatérales en cas de « menace de dommage grave » pour un secteur européen.
- Pour la volaille, le quota de 180 000 tonnes en franchise de droits représente environ 1,3 % de la production européenne, inférieur aux importations actuelles du Mercosur (près de 293 000 tonnes).
- Il devrait, selon la Commission, accompagner grosso modo la hausse attendue de la consommation plutôt que la déstabiliser.
- En éthanol, les 450 000 tonnes à droit nul (chimie) et 200 000 tonnes à droit réduit (carburant) doivent être comparées à une consommation annuelle européenne de 6 millions de tonnes, dont 4 millions pour les carburants.
- On est bien face à un choc sectoriel réel, particulièrement pour certaines zones d’élevage et de betterave françaises, mais sans commune mesure avec les scénarios d’« invasion » brandis dans le débat public.
- Les études d’impact disponibles convergent : oui, certains producteurs de bœuf, de volaille ou de sucre peuvent voir leurs marges comprimées si les prix baissent, mais les effets agrégés sur l’agriculture européenne restent modestes, tandis que l’industrie et les services européens sont largement gagnants.
- La mémoire traumatique des crises rurales françaises, plus que les volumes réels, alimente une mobilisation qui transforme un accord globalement industriel en symbole d’abandon paysan.
- La crise du monde rural français est antérieure à la signature de l’accord et l’abandon de celui-ci ne changerait certainement rien au problème fondamental :
- une majeure partie des agriculteurs français (et européens) ne vit pas dignement de son travail (ES 5/2/24).