Alors que le changement de régime en Hongrie (ES 20/4/26) a enfin débloqué les négociations d’adhésion pour l’Ukraine, la Serbie qui a entamé ce chemin depuis longtemps contraste avec les dynamiques d’adhésion à l’UE de ses voisins.
- Coïncidence qui en dit long sur la situation : à l’heure où Ratko Mladić, le « boucher de Bosnie » condamné par le TPIY pour génocide, meurt en détention à La Haye, l’heure du “tout est permis au nom de notre grande nation” ne convainc plus.
- Le pays traverse depuis novembre 2024 un vaste mouvement de contestation né de l’effondrement mortel d’un auvent à la gare de Novi Sad, qui a fait seize morts.
- Porté par un mouvement étudiant, ce mouvement a fini par arracher au président Aleksandar Vučić la promesse d’élections législatives anticipées, prévues mi-octobre, plus d’un an avant l’échéance normale de décembre 2027.
- Reste à savoir ce que Vučić cède réellement : la plupart des observateurs s’attendent à ce qu’il se recycle en Premier ministre, poste qu’il occupait déjà avant sa présidence, plutôt qu’à un retrait véritable.
- Rester dans tous les cas une tête de l’exécutif, un méthode bien connue du voisin monténégrin et du “grand frère” russe.
- Cette manière de ménager toutes les issues à la fois se retrouve dans la diplomatie serbe.
- Belgrade maintient depuis des années un équilibre entre aspirations européennes et relation historique avec la Russie, présenté à Bruxelles comme une diplomatie pragmatique soucieuse de préserver plusieurs partenariats sans renoncer à ses intérêts propres.
- La visite de V. Zelensky à Belgrade le 8 août, la première depuis l’entrée en fonction du président ukrainien en 2019, a semblé déplacer ce curseur :
- au-delà du soutien affiché à l’intégrité territoriale ukrainienne, la Serbie s’est dite prête à participer à la reconstruction d’une ville ukrainienne durement touchée par la guerre.
- L’équilibre reste cependant réel : A. Vučić a exclu toute coopération militaire avec Kiev et V. Zelensky a confirmé que l’Ukraine ne reconnaîtrait pas davantage l’indépendance du Kosovo qu’auparavant.
- Cette ambiguïté géopolitique pèse sur le processus d’adhésion à l’Union européenne, mais elle n’explique pas tout.
- Ce que Bruxelles reproche d’abord à Belgrade, ce sont : l’État de droit, l’indépendance des médias et la corruption, soit précisément ce que dénonce le mouvement né à Novi Sad.
- C’est ce grand écart, plus que la seule question russe, qui vaut à la Serbie d’être désormais rangée parmi les pays « en recul » quant à l’avancement du processus d’adhésion.
L’attractivité de l’UE reste entière sur ses marges.
- Toutefois, pour la Macédoine du Nord, le chemin reste tortueux. Faisant face, depuis le dépôt de sa candidature en 2004, à des vetos provenant des pays avec lesquels elle entretient des relations bilatérales infructueuses (d’abord la Grèce puis aujourd’hui la Bulgarie), la candidature de la Macédoine du Nord s’est enlisée.
- Bien que les négociations aient pu débuter en 2022, l’ouverture de nouveaux chapitres est toujours conditionnée à un changement de la Constitution, auquel Skopje, et notamment le gouvernement conservateur de Hristijan Mickoski (VMRO-DPMNE), n’est pour le moment pas favorable.
- Enfin, alors que la Géorgie disparaît peu à peu du paysage européen, pour cause de “russification” de sa politique intérieure (ES 13/10/24), c’est un autre pays du Caucase qui reprend le flambeau depuis les dernières élections.
- Disposant seulement d’une « perspective européenne », l’Arménie affirme néanmoins aujourd’hui sa volonté de déposer sa candidature à l’Union européenne.
- Depuis la défaite face à l’Azerbaïdjan en 2023, quand Bakou reprend tout le Haut-Karabakh, l’Arménie a tourné la tête vers l’ouest, bien aidée par la normalisation de ses relations avec l’Azerbaïdjan donc la Turquie, qui a permis son désenclavement.
- Pour autant, son voisin russe perçoit déjà cette potentielle candidature d’un très mauvais œil, allant jusqu’à réclamer un référendum arménien sur la question.