BLUE FLAMINGOS 

La révolte des flamants roses en Albanie est paradoxalement un symptôme de la force du droit européen. Les projets d’aménagements de la côte albanaise au profit de quelques milliardaires d’inspiration trumpienne sont une évidente privatisation de l’espace public. Mais ils sont aussi une anticipation des contraintes juridiques que l’adhésion de l’Albanie à l’UE représenteraient pour leur réalisation. Construire et détruire avant que cela ne soit plus possible. 

 

  • En effet, quand un pays se prépare à rejoindre l’UE, il doit mettre son droit en conformité avec celui des autres membres.  
  • Ce long processus d’adaptation, au long des négociations d’adhésion, fait progressivement passer dans la législation nationale l’ensemble de « l’acquis communautaire ». 
  • Ces mythiques 80.000 pages qui contiennent l’ensemble des droits et obligations communs constituant le corpus juridique de l’UE et intégrés dans les systèmes juridiques des États membres de l’UE.  
  • Parmi ces obligations figurent de nombreuses dispositions de protection de la nature, le droit environnemental étant l’une des plus anciennes (directive oiseaux dès 1979) et des plus originales formes de législation européenne.  

 

  • Outre les zones humides, le droit européen protège tout particulièrement les zones côtières par un ensemble d’outils : directives sur l’eau, le milieu marin, les inondations et les eaux usées, ainsi que la planification de l’espace maritime.  
  • Il vise à réduire la pollution, préserver les habitats, surveiller l’état écologique et prévenir les risques climatiques, notamment l’érosion et les submersions.  
  • L’Union privilégie aussi une gestion intégrée, qui coordonne protection environnementale, activités économiques et aménagement du littoral. 
  • L’objectif est de concilier usage et conservation dans des espaces particulièrement vulnérables. 

 

  • Or, pour les lois, il y a la lettre et l’esprit. En Albanie une révolte citoyenne pour empêcher un projet pharaonique d’aménagement sur la côte sud met à jour les ambivalences du gouvernement dans sa marche à l’UE – et jettent une lumière crue sur la profonde corruption des institutions albanaise.  
  • Selon certains observateurs, les manifestations de la « révolution des flamants roses » révèlent le fossé entre les réformes affichées et leur application réelle.  
  • Les protestataires dénoncent la corruption, l’accaparement des terres publiques et le manque de respect de l’État de droit.  
  • Selon eux, le principal obstacle à l’adhésion de l’Albanie à l’Union européenne n’est plus l’adoption de lois, mais l’absence de volonté politique pour les faire respecter.  
  • Ils appellent l’UE à ne pas se contenter des promesses du gouvernement d’Edi Rama, mais à soutenir les exigences de transparence, de justice et de responsabilité portées par la société civile.  

Les citoyens réclament Etat de droit exigeant et protection élevée de la nature : c’est un véritable test d’européanisation pour l’Albanie.