Comment assurer une souveraineté industrielle donc ? L’idée d’un « Buy European Act » émerge au début des années 1990 en référence aux “Buy American Act “de 1933 pour doter l’UE d’un instrument préférentiel en matière de commande publique. L’idée réapparaît régulièrement comme réponse au protectionnisme américain, reprise par Christine Lagarde en 2011 puis par Nicolas Sarkozy en 2012, et prolongée aujourd’hui dans les débats sur souveraineté industrielle, numérique et écologique (puces, IRA, Buy European Green/Tech Act).
- Le commissaire européen Stéphane Séjourné et 1 141 dirigeants d’entreprise ont signé une tribune appelant à une préférence européenne dans les achats publics afin de renforcer l’industrie de l’UE face à la concurrence mondiale.
- Ils demandent qu’un règlement sur l’accélération industrielle inclue des règles de “Buy European” pour que les fonds publics favorisent les produits fabriqués en Europe, notamment dans les secteurs stratégiques.
- L’initiative vise à protéger les emplois et la compétitivité industrielle tout en répondant aux pressions économiques internationales, mais suscite déjà des débats sur sa mise en œuvre concrète.
- Cette initiative a d’ailleurs rencontré le soutien des acteurs de la transition énergétique.
- Neil Makaroff de Strategic Perspective rappelle dans un post Linkedin leur engagement, en publiant une lettre ouverte signée par plus de 115 entreprises cleantech en faveur d’une préférence européenne dans l’industrie propre, à intégrer dans l’Industrial Accelerator Act (IAA).
- L’objectif de l’IAA est de créer une demande prévisible pour les technologies propres fabriquées en Europe, renforcer les chaînes de valeur locales et attirer des investissements.
- La préférence européenne ne signifie pas une fermeture des marchés, mais une utilisation ciblée des fonds publics pour stimuler l’industrialisation locale, réduire les dépendances extérieures et aider l’UE à concurrencer les surcapacités mondiales, notamment en batteries et technologies net‑zéro.
- En outre, l’institut Bruegel affirme dans une étude que le système d’échange de quotas d’émission de l’UE (EU ETS) — bien qu’au cœur des débats sur la compétitivité industrielle (ES 14/4/25) — est une force positive pour l’industrie européenne plutôt qu’une menace.
- Il soutient que le prix du carbone, correctement calibré, a permis de réduire significativement les émissions sans provoquer de perturbations économiques majeures.
- L’UE devrait renforcer et non affaiblir le système lors de sa révision de 2026 en alignant mieux la tarification du carbone avec les investissements industriels propres et en utilisant les recettes des enchères pour stimuler la décarbonation.
- Le mécanisme carbone devient ainsi un pilier stratégique de la compétitivité propre et de la transition énergétique.
Comme le disait Mario Draghi, le dernier domaine dans lequel l’UE est encore dotée d’un avantage comparatif est bien celui de la transition énergétique, ce serait dommage que les politiques idéologiquement antiécologiques finissent par avoir raison des seules raisons d’espérer en matière de souveraineté industrielle.