La construction européenne interpelle. Elle ne se désintègre pas mais elle ne se fédère pas non plus complètement. Elle se maintient avec des opposants farouches – n’oublions pas qu’en 2024, 26 % des électeurs européens ont opté pour des partis eurosceptiques voire europhobes. Cependant, en désignant l’UE comme son adversaire, Donald Trump a peut-être rendu aux Européens un extraordinaire service, explique Dominique Méda.
- Depuis les conflits fratricides qui ont désintégré la Yougoslavie, l’UE cherche sans succès à devenir un acteur géostratégique mondial pertinent sans jamais y être parvenue.
- Face à l’abandon de l’Ukraine annoncé par D. Trump, l’Union a compris qu’elle devait aspirer à être autonome des États-Unis dans ce domaine, même si la manière choisie est discutable.
- L’UE apparaît soudainement comme une présence familière, rassurante, protectrice, malgré ses manques.
- Le dernier eurobaromètre du 25 mars 2025 annonce que 75% des Européens estiment que leur pays bénéficie de l’adhésion à l’UE.
- La défense et la compétitivité sont au cœur de leurs préoccupations.
- C’est dans ce contexte que la Turquie, considérée comme un membre peu fiable au sein de l’Alliance atlantique, redevient une option pour une Europe plus que jamais fragilisée par le changement de position de Washington.
- La question se pose si cela doit se faire au prix de l’Etat de droit.
- La Commission européenne a décidé d’ouvrir la porte à certains pays tiers, dont la Turquie, le Royaume-Uni et la Norvège, pour collaborer sur son nouveau programme de défense, Security Action for Europe (SAFE).
- Toutefois, contrairement aux régimes en place à Oslo et à Londres, Ankara fait encore la preuve d’un rejet clair des exigences européennes en matière d’Etat de droit.
- L’arrestation du maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, signe la suppression de la dernière menace électorale crédible pour R.T. Erdoğan.
- La dissolution du Conseil de l’ordre du Barreau d’Istanbul vient encore semer le trouble.
- L’Europe doit tirer les leçons des difficultés posées par la Hongrie ; elles seront dramatiques en cas d’inclusion de la Turquie de l’AKP dans les décisions tenant à la défense du continent.
- La Turquie constitue le flanc sud de l’OTAN et sa 2e armée.
- Si la Turquie sombre dans l’autoritarisme, la question ne se limitera pas à comment dépasser un veto au Conseil européen.
- Selon le Prix Nobel de littérature Orhan Pamuk : « Alors que le monde entier, écrit-il, est occupé par les guerres Palestine-Israël et Ukraine-Russie et par Trump, la démocratie déjà limitée en Turquie est également en train de mourir… »
Soutenir les démocrates turcs n’est pas de la charité, c’est un moyen de limiter des dégâts qui s’annoncent catastrophiques.