CANDYMAN

En se rendant à Boutcha le 4 avril dernier, le président ukrainien avait dénoncé les exactions commises par l’armée russe comme « crimes de guerre », soient reconnus comme un « génocide ». Mais une telle qualification est lourde de conséquences juridiques. D’où le débat public autour de la notion. Ainsi, le 14 avril, Emmanuel Macron avait notamment rappelé que « le mot génocide a un sens et doit être qualifié par des juristes, pas des politiques ».

  • Dans une analyse pour le Grand Continent, Jean-Yves Pranchère et Anna Zielinska précisent avant tout que le fait qu’éviter de qualifier des actes de génocide n’atténue en rien la condamnation morale de ces crimes.
  • Dans l’ouvrage de référence de Raphael Lemkin de 1944 il est précisé que le génocide s’effectue par une attaque synchronisée sur différents champs :
    • politique, notamment en détruisant des institutions ;
    • social, par la destruction de la cohésion sociale, en tuant une intelligentsia par exemple ;
    • culturel, en instrumentalisant l’éducation et la formation par exemple ;
    • économique, biologique, religieux ou moral.
  • Jean-Yves Pranchère et Anna Zielinska précisent que les traités internationaux ne reprennent pas la définition de ce dernier, mais proposent une signification de la notion plus étroite, autour de l’idée d’intention de destruction en masse des nations, races et groupes religieux.
    • Les deux auteurs estiment que si le projet actuel de la Russie est bien celui de Timofeï Sergueïtsev qui, dans une tribune, invoque la « dénazification », et « inévitablement une désukrainisation » suivie d’une « déseuropéanisation », alors il pourrait être possible de qualifier les actes commis de génocidaires.
    • Cependant, l’enjeu ici n’est pas uniquement symbolique. L’article indique qu’il s’agit d’opposer un rejet au récit de Vladimir qui accuse l’Ukraine, et l’Occident de génocide dans sa politique de propagande.