LEGUMAN

La suspension des productions et exportations de deux des principales puissances agricoles mondiales, change la donne du Green Deal dans l’UE. Les États membres envisagent de faire de l’Europe une “superpuissance agricole véritablement indépendante”, mais cela pourrait se faire au sacrifice des aspirations écologiques prévues par le Green deal.

  • La Commission européenne a ainsi pris la décision de reporter deux textes législatifs dont la présentation était prévue ce mercredi 23 mars, notamment le règlement « sur l’utilisation durable des pesticides ». Ces textes étaient très attendus par les acteurs de la défense de l’environnement, qui s’inquiètent que la guerre ne fragilise la transition européenne vers une agriculture plus verte.
    • Ces règlements doivent permettre de mettre en œuvre les stratégies de Farm to Fork, ou « de la ferme à la fourchette » et « biodiversité », stratégies décriées par les agriculteurs intensifs et leurs syndicats.
    • Ces textes devraient rendre contraignants plusieurs objectifs à destination des Vingt-Sept d’ici à 2030, notamment la réduction de 20% de l’utilisation d’engrais, de 50% de pesticides, ou encore consacrer 25% des terres à l’agriculture biologique.

  • Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, les lobbies agricoles européens rappellent la forte dépendance des États membres à l’Ukraine en matière agricole et à la Russie en matière d’engrais.
    • L’ONG bruxelloise Corporate Europe Observatory a publié une étude qui documente les objectifs et les méthodes de ces groupes de pression pour reporter la révision de la directive sur l’utilisation durable des pesticides.
      • Ce rapport est basé tant sur des documents internes de la Commission européenne, et un document de stratégie interne de Croplife Europe, qui représente les intérêts de l’agro-industrie, qui a fait l’objet d’une fuite.

  • Dans une tribune, Nina Holland, chercheuse à Corporate Europe Observatory dénonce les abus du contexte de la guerre par le lobby de l’agro-industrie, et ses alliés politiques dans les partis conservateurs dont la campagne de lobbying massif cherche surtout à protéger les intérêts d’un commerce de pesticide qui s’élève à un milliard d’euros.
    • S’il est indéniable que la guerre entraînera une réelle crise alimentaire dans un futur proche, le conflit met surtout en exergue l’urgence de rendre la production alimentaire en Europe moins dépendante des combustibles fossiles, des pesticides, et des engrais.