Le problème des océans dans un monde où s’effrite le droit international et s’affirment les comportements prédateurs, c’est évidemment la gouvernance de ce grand territoire affranchi des souverainetés exclusives qui organise notre façon d’habiter la planète. L’initiative “Ocean nation” avait même songé à l’époque à remédier à ce vide d’une façon originale : en proclamant l’océan comme une nation à part entière – pour en faire un bien commun planétaire, préservé de l’exploitation croissante des ressources marines.
- Plus concrètement, le principal instrument actuellement pour tenter de contrer les voracités destructrices, reste la logique scientifique.
- L’UE envisage ainsi de se positionner comme leader mondial de l’observation des océans d’ici 2035, élaborant ainsi les moyens techniques pour mettre en oeuvre ses objectifs environnementaux à échelle européenne comme globale.
- Elle a ainsi présenté son initiative Ocean Eye, un plan de coordination des efforts d’observation, de recherche et d’innovation marine.
- Ce renforcement des capacités scientifiques européennes intervient alors que l’administration Trump a déjà affaibli l’agence nationale océanique et atmosphérique (NOAA).
- Elle compte, dans son prochain budget 2027, baisser encore de 32 % ses crédits, menaçant les prévisions météorologiques, la pêche et la protection des côtes – même s’il a finalement renoncé à supprimer l’agence de surveillance des océans.
- Parmi les acteurs principaux de l’océanographie signée ‘Europe’, on retrouve en tête de liste Mercator Ocean, le leader mondial de l’océanographie numérique, en charge de l’aspect marin du Programme Copernicus, le grand projet européen d’observation et de surveillance de la Terre de la Commission européenne.
- L’objectif est de rendre ces données accessibles à exploiter pour mieux décider des politiques de régulation.
- La protection des océans passe aussi par le renforcement des moyens d’observation fiable et la lutte contre la pêche INN (Ilicite, Non déclarée et Non réglementée) améliore directement le respect des quotas existants qui restent le principal instrument technique pour mettre en œuvre la protection des écosystèmes marins.
- Ces quotas mis à jour annuellement sont calculés en fonction des diagnostics sur l’état des ressources et de leur exploitation et font régulièrement l’objet de négociations âpres entre Etats membres – point capital dans le Non islandais du 29 août dernier (ES 31/8/26)
- Aussi, depuis janvier 2026, l’utilisation du système de traçabilité CATCH est devenu obligatoire.
- En outre, l’un des plus grands défis actuels à implémenter dans les Etats membres reste l’interdiction de la technique dévastatrice du chalutage de fond dans les aires marines protégées (AMP).
- Cette technique de pêche consiste à râcler le plancher océanique avec des filets volumineux.
- A ce propos, une étude parue en juillet dernier chiffre pour la première fois l’insoutenable coût socio-économique de cette pratique en Europe :
- entre 2016 et 2021, son bénéfice privé atteint environ 180 millions d’euros par an, mais son coût net pour la société varie de 2 à 16 milliards d’euros, principalement en raison des émissions de CO₂ liées à la remise en suspension du carbone des sédiments.
- Le chalutage couvre 25,6 % des ZEE étudiées et 13 % de l’effort se déroule dans des aires marines protégées.
- Les auteurs estiment qu’une réduction de plus de 50 % de l’effort pourrait accroître les bénéfices sociaux, tandis que la réorientation des 1,17 milliard d’euros de subventions annuelles faciliterait la transition vers des pratiques durables.
A Nice, l’année dernière, le président Macron annonçait son souhait d’augmenter le taux de protection forte des eaux territoriales de 0,1 à 4% d’ici fin 2026. Mais on ne trouve à ce jour pas de rapports d’étape d’avancement sur cette annonce, qui était à l’époque considérée comme un simple coup de communication. Il reste encore quelques mois d’ici la fin de l’année pour mettre en œuvre les directives de protection, a fortiori si une mobilisation intervient sur ce sujet à l’approche des échéances électorales.