Peut-être plus que les incendies, c’est le passage d’environ 72 000 migrants, le 30 juillet 2026, de la frontière depuis le Maroc vers Ceuta en passant à la nage par l’épi de El Tarajal, qui sort les Européens de leur torpeur.
- Ce flux impressionnant de la frontière hispano-marocaine rappelle le précédent de 2021.
- Au moins 88 personnes ont perdu la vie côté espagnol et 14 autres côté marocain, noyées ou écrasées dans la foule, un bilan officiel que les organisations humanitaires estiment plus élevé.
- Face à cette situation catastrophique, le président de la ville autonome de Ceuta réclame l’état d’urgence national, Madrid y déploie des troupes et une majorité des migrants rebroussent chemin volontairement vers le Maroc dans les jours suivants.
- Les jours suivants, de nombreux posts sur les réseaux sociaux appellent à une seconde entrée massive pour le 15 août.
- Le Maroc arrête 111 personnes et l’Espagne renforce la frontière avec plus de 4 600 agents, tandis qu’il restait entre 5 000 et 8 000 migrants dans la ville.
- La réponse européenne à ce drame humain soulève plus de questions qu’elle ne propose des solutions, mis à part la demande de fonds d’urgence.
- Dès le 31 juillet 2026, l’Italie de Giorgia Meloni suspend unilatéralement l’accord Schengen avec l’Espagne pour un mois, instaurant des contrôles ciblés sur les ressortissants de pays tiers arrivant d’Espagne par voie aérienne et maritime.
- Une mesure rapidement imitée par la France (renfort de sa frontière terrestre) et soutenue par la Finlande et le Danemark.
- Cette réaction apparaît d’autant plus contestable que Ceuta n’appartient pas à l’espace Schengen : les contrôles aux sorties vers l’Espagne péninsulaire restent en vigueur, rendant théoriquement impossible tout mouvement secondaire des migrants vers le reste de l’UE.
- Ainsi, le gouvernement Sanchez invoque une attitude « égoïste » et « insolidaire » : le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska et le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares ont rappelé qu’en 2023, lors de la crise de Lampedusa (plus de 10 000 arrivées en quelques jours), Madrid avait soutenu Rome alors qu’elle présidait le Conseil de l’UE, au lieu d’isoler l’Italie.
- L’ironie est d’autant plus amère que l’Italie elle-même fait face à des défis d’accueil similaires et récurrents : Lampedusa, île de 20 km2, principale porte d’entrée de la route méditerranéenne centrale, enregistre 17 000 arrivées par mer depuis le début de 2026, et les centres de réception de l’île fonctionnent régulièrement au-delà de leur capacité, comme ce fut le cas lors de la crise de septembre 2023.
- Le 8 août, l’Espagne riposte en instaurant des contrôles réciproques sur les voyageurs en provenance d’Italie jusqu’au 7 septembre, transformant la crise humanitaire en dispute diplomatique bilatérale et révélant la fragilité du principe de solidarité européenne face à l’épreuve des faits.
- En effet, plus qu’un problème de mécanisme de réponse européen aux crises, on assiste à un reproche explicite à la politique migratoire « trop permissive » du gouvernement socialiste de Pedro Sánchez.
- En Espagne même, le Partido Popular et Vox exonèrent le Maroc de toute responsabilité pour faire de P. Sánchez l’unique coupable, l’accusant d’avoir « invité » l’invasion.
- Pourtant, plusieurs sources militaires et de renseignement espagnoles, ainsi que des analyses internationales, qualifient l’événement d’attaque hybride orchestrée par le Maroc : camions acheminant les migrants, disparition des gardes-frontières marocains au moment du franchissement, présence d’agents de renseignement marocains survolant Ceuta.
- Ce scénario rappelle l’instrumentalisation migratoire de la Biélorussie contre la Pologne .
- Cette dimension hybride se double donc d’une exploitation politique interne pour les gouvernements motivés à attaquer le modèle Sánchez présenté comme une référence pour la gauche italienne.
- Certains analystes imaginent même une stratégie coordonnée visant à fragiliser P. Sánchez à un an des élections générales espagnoles de 2027.