En ce milieu d’année 2026, députés européens et gouvernements des États membres semblent enfin converger vers une doctrine commune du « Made in Europe », après un sérieuse bataille racontée par Arte. Celle-ci prend le visage de l’Industrial Accelerator Act, qui ambitionne de porter l’industrie manufacturière à 20 % du PIB européen d’ici 2035. L’idée est d’imposer une préférence européenne dans les marchés publics pour des secteurs stratégiques (puces, automobile, chimie, quantique, IA, spatial). Cette modification de sa capacité interne à produire et de son environnement externe concurrentiel oblige l’UE à se réorganiser afin de gagner en souveraineté et d’atteindre un jour la prospérité économique souhaitée.
- L’indépendance vis-à-vis des États-Unis et de la Chine devient tant un impératif qu’un objectif de toute la stratégie.
- Les secteurs des composants électroniques, câbles, cloud, paiements, puces, IA, technologies propres sont concernés.
- L’objectif est de relocaliser à la fois leur production et la R&D sur le sol européen.
- Le Chips Act 2.0 étend la souveraineté du silicium aux systèmes, en intégrant circuits imprimés et assemblage électronique, des segments longtemps délaissés au profit de fournisseurs non-UE.
- Ce projet, représentant un investissement de 120 milliards d’euros d’ici 2035, a pour objectif d’atteindre 20 % de la production mondiale de puces d’ici 2030.
- La Défense complète cette logique industrielle avec l’European Defence Industry Programme (EDIP), doté de 122 millions d’euros pour renforcer la production européenne de composants électroniques critiques.
- Le Made in Europe, accompagné de la réforme du marché carbone (ETS), doit concilier compétitivité et trajectoire climatique explique cette étude de Bruegel.
- D’ores et déjà, des acteurs de la chimie, en l’occurrence allemande, réclament un assouplissement des quotas gratuits, pour ne pas pénaliser la relocalisation industrielle.
- L’« omnibus tax » s’avère aussi utile en allégeant la pression fiscale sur les entreprises relocalisées, avec 8 milliards d’euros d’économies annuelles promises.
- Elle comprend une suppression des retenues à la source intra-UE, la simplification de la règle de limitation des intérêts pour faciliter la déduction des emprunts bancaires, et l’incitation à la R&D via l’amortissement immédiat des actifs matériels utilisés pour l’innovation.
- Le numérique européen avance sur deux fronts complémentaires avec le Package souveraineté :
- d’un côté, le Cloud and AI Development Act doit accélérer la construction de centres de données européens pour réduire la dépendance aux hyperscalers américains ;
- de l’autre, le plan « AI Continent » de 200 milliards d’euros finance au moins 15 « AI Factories » et plusieurs gigafactories via EuroHPC, avec l’ambition de faire émerger des modèles, des puces et une puissance de calcul réellement européens.
- La France semble prendre les devants avec sa circulaire sur les achats IT souverains, signée début février, qui fait de la souveraineté le premier critère de choix des administrations.
- D’autres pistes restent à trancher, dans le sillage du rapport Draghi, qui avait averti que la préférence européenne devait éviter les secteurs où l’industrie du continent reste structurellement en retard (ES 16.09.2024).
Reste à savoir si cette armure réglementaire et industrielle suffira à transformer l’Europe en véritable puissance autonome, sans se couper de ses partenaires ni protéger des filières condamnées par la compétition mondiale.