La fin de l’Europe des régions ? L’Europe des régions était un des piliers de la pensée fédéraliste européenne. Elle pourrait pourtant bien disparaître avec le prochain budget européen.
- Un an après sa publication, le projet de Cadre Financier Pluriannuel, c’est-à-dire le budget de l’UE pour les années 2028-2034 (ES 8/9/25) a été fortement avancé par la présidence chypriote sortante.
- La « négobox » c’est-à-dire le premier cadrage de négociation, chiffré, fourni par Chypre mi juin 2026 a marqué l’entrée dans la phase politique des discussions budgétaires.
- Contexte détaille ce compromis qui prévoit une légère réduction globale du budget (moins de 2 %), tout en épargnant largement la politique agricole commune et la cohésion, au détriment des fonds dédiés à la compétitivité et à l’action extérieure.
- Une rallonge est prévue pour les États les plus pauvres afin de limiter les pertes de financement.
- Les pays « frugaux » critiquent – sans surprise – fortement une baisse jugée insuffisante et réclament des coupes plus importantes.
- La présidence chypriote a tenté de concilier positions divergentes et maintient une architecture centrée sur les grands fonds sectoriels.
- Dans les discussions, la présidence irlandaise, qui a succédé à Chypre, a repris à son compte la proposition chypriote.
- Son ministre des Affaires européennes, Thomas Byrne, a salué un texte équilibré, fruit d’un effort de conciliation entre positions divergentes, malgré les critiques « frugaux ».
- Euractiv rapporte d’ailleurs la montée des tensions entre la Commission européenne et ces frugaux.
- Bruxelles met ainsi en garde les capitales contre d’éventuelles tentatives de réduire ou de contraindre fortement le cadre budgétaire européen.
- En effet, il serait malvenu de saboter les efforts de la Commission pour défendre un budget plus ambitieux encourageant le financement des priorités communes (compétitivité, défense, transition verte).
- Les pays du Nord réclament au contraire une discipline stricte et une limitation des dépenses.
- Le débat illustre un clivage croissant entre vision fédérale et approche strictement nationale du budget européen, avec un risque de blocage des négociations.
- Mais le vrai problème pourrait être encore ailleurs – en particulier dans la structure et la gouvernance du prochain budget, qui tendent à renationaliser la distribution des fonds et la mise en œuvre des politiques communes.
- Une des conséquences pourrait bien être l’affaiblissement durable de l’échelon régional, jusqu’ici considéré comme l’échelon administratif le plus pertinent pour les politiques européennes.
- Dans une longue analyse du projet de CFP deux chercheurs, économiste et géographe, estiment ainsi que, malgré des objectifs légitimes de compétitivité, de défense et d’autonomie stratégique, la réforme risque d’affaiblir fortement la cohésion territoriale.
- Les auteurs estiment que la concentration des financements sur l’innovation, les industries stratégiques et la performance favorisera les régions déjà les plus développées, au détriment des territoires en retard.
- En fusionnant les principaux fonds dans des plans nationaux, l’UE réduirait le rôle de la politique de cohésion, pourtant essentielle pour limiter les inégalités régionales et contenir l’euroscepticisme.
- Les deux auteurs plaident pour une approche conciliant compétitivité et développement territorial, considérant que la cohésion est un levier de croissance, de résilience et de légitimité démocratique de l’intégration européenne.