LE GREENCH

Face aux conséquences du choc pétrolier, l’Europe semble stratégiquement perdue – et pas seulement militairement. La remise en cause idéologique des politiques vertes accusées de plomber “la compétitivité des entreprises” (lire plutôt “la rentabilité immédiate du capital”) atteint de tels sommets d’absurdité que les législateurs européens envisagent de revenir sur le système d’échange de quotas de CO2 (ETS), pilier de la décarbonation européenne.  

  • La hausse des prix de l’énergie, liée à la guerre au Moyen-Orient, pousse certains États et l’industrie chimique à réclamer un affaiblissement ou une suspension du mécanisme, alors que d’autres pays et ONG plaident pour sa préservation, soulignant son rôle dans la transition énergétique et la réduction des émissions.  
  • La Commission européenne promet des ajustements techniques pour concilier adaptation industrielle et maintien de l’ETS, en évitant des mesures court-termistes contre-productives. 
  • Dans une tribune au NouvelObs, l’économiste Mathilde Viennot du Haut-Commissariat au Plan appelle à utiliser la crise énergétique liée à la « troisième guerre du Golfe » comme une opportunité pour accélérer la décarbonation, renforcer l’indépendance énergétique et protéger le pouvoir d’achat des citoyens. 
  • Elle souligne que les conflits récents révèlent la vulnérabilité économique due à la dépendance aux énergies fossiles, et que cette crise devrait pousser les décideurs à investir davantage dans les énergies bas‑carbone plutôt qu’à chercher des solutions temporaires.  
  • Selon elle, ce « momentum » pourrait combiner transition écologique et stabilité économique si des politiques cohérentes sont mises en place.  
  • La Chine, elle, a bien compris les enjeux : le Figaro rapporte que selon le think tank Ember, rien qu’en Chine, les voitures électriques (où elles représentent 50% des ventes) ont économisé plus de 28 milliards de dollars d’importations pétrolières. 
  • Mais dans l’UE, on continue de défendre la bagnole à l’ancienne(ES 16/3/26). 
  • Passant en un souffle de la complaisance d’une “UE green and global leader” à la panique de la compétition mondiale, les dirigeants européens pourraient-ils remettre en cause leurs acquis de la décarbonation et la trajectoire vers l’indépendance énergétique au pire moment ?  
  • Au moins dans les années 1970, on gardait la tête froide – et à Pékin, les Communistes ont le sens de la stratégie, eux.