Que l’on soit favorable à la construction européenne ou non, il faut bien admettre que les mots de Josep Borrell pour Agenda Publica résonnent aussi cruellement que clairement. L’Europe court actuellement un risque immense à rester simple spectatrice de la fragmentation du monde. Ce dernier est en train de se redessiner et les Européens semblent de contenter de regarder les autres s’y prendre.
- Le monde se réorganise autour de pôles de pouvoir : la Chine et les États-Unis.
- La Russie serait actuellement un fauteur de troubles, “une station-service équipée d’une bombe atomique”.
- Si elle parvient à installer à Kiev un régime similaire à celui dont elle dispose à Minsk, elle aura gagné la guerre, mais les conséquences ne devraient pas être les mêmes que celles des entreprises américaines.
- Ceci est perceptible dans une partie de l’opinion publique européenne : il n’y a rien à perdre à voir à la tête de Kiev un régime à la solde de Moscou.
- Toutefois, lui permettre une telle mainmise en ferait un troisième pôle de pouvoir.
- C’est la crainte d’une autre partie de l’opinion publique européenne qui déplore de faire partie des prochains sur la liste des revendications territoriales du Kremlin.
- Ainsi, ce refus de voir la Russie comme 3e pôle de pouvoir et la perte de confiance envers l’allié américain, poussent certains exécutifs européens à agir plus ou moins nettement.
- L’Espagne ne se contente plus de demander que l’on respecte le droit international : après avoir refusé aux États-Unis l’accès à ses bases militaires, Pedro Sanchez apparaît comme le seul dirigeant européen à s’opposer frontalement à l’intervention en Iran.
- D’ailleurs, souligne Josep Borrell, si l’Espagne n’était pas membre de l’UE, elle ne pourrait pas se permettre cette confrontation.
- Côté français, la président Macron annonce que la Russie est une menace pour la France et pour l’Europe et qu’elle a fait du conflit ukrainien un conflit mondial, en mobilisant sur notre continent des soldats nord-coréens et des équipements iraniens, tout en aidant ces pays à s’armer davantage.
- L’allié américain est traditionnellement tenu à distance, ce qui pousse The Economist à admettre que “la France avait raison et c’est agaçant”.
- Il n’est pas en tant que tel question de soutenir les Américains en Iran, mais l’envoi du porte-avion Charles de Gaulle (en soutien des alliés de la région) et la mort d’un soldat français au Kurdistan irakien semblent pousser la France à prendre part au conflit du Moyen Orient malgré elle selon Le Temps.
- Elle est désormais une cible expliquent les Echos.
- Encore plus “malgré elle”, Chypre se trouve au cœur de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, depuis qu’un drone s’est écrasé dès le 1e mars 2026, sur la base aérienne britannique d’Akrotiri.
- Dès le lendemain, le ministère grec de la défense a annoncé l’envoi de deux frégates et d’avions F-16 à Chypre .
- La France et l’Espagne témoignent de leur solidarité, les réactions particulièrement lentes du Royaume-Uni sont remarquées, explique Le Monde.
- Cet allié historique permet aux Etats-Unis d’utiliser ses bases de façon défensive.
- Après deux interminables semaines, le ministre britannique de la Défense, John Healey, semble enfin faire sortir Londres de sa torpeur en déclarant que la “main invisible de Poutine” se cache derrière les manœuvres iraniennes.
- Il établit le lien entre l’attaque revendiquée par une milice pro-iranienne en Irak ayant tué le militaire français et annonce que cette collaboration Iran-Russie met directement en danger la vie des militaires alliés au Moyen-Orient.
- La situation est considérée comme particulièrement grave : les Occidentaux ne disposent pas de bouclier efficace permettant de protéger leurs troupes stationnées dans la région du Golfe et se retrouvent ainsi dans une position similaire à celle de l’Ukraine, contrainte de développer dans l’urgence un réseau de drones intercepteurs pour contrer les menaces volant à basse altitude.
Indubitablement, l’objectif est d’exclure les Européens de toute position décisionnaire, et de mettre en exergue leur faiblesse, tant côté USA que Russie.