Depuis 1971 et la fin de la convertibilité dollar/or, l’ordre monétaire international né de Bretton Woods reposait essentiellement sur la domination du dollar, une hiérarchie des monnaies et un respect du droit international en matière de finances (ES 2/6/25). Cependant, depuis le gel des avoirs russes en 2022 déposés dans les banques occidentales (ES 27/10/25), cet ordre est menacé : les réserves monétaires, censées être intouchables, deviennent des armes géopolitiques.
- Les sanctions occidentales ont transformé le dollar en instrument de guerre économique, et incitent Russie, Chine et autres BRICS + à
- dédollariser (or, yuans, swaps bilatéraux) (ES 3/11/24),
- réduire les réserves et bâtir des alternatives (mBridge, CIPS)
- – cet article de 2019 en rappelle les principales réponses.
- Le résultat en est un monde toujours plus fragmenté, où la confiance mutuelle cède à la souveraineté monétaire, au risque d’inflation et de crises de liquidité.
- Or donc, depuis l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, l’Occident a gelé environ 300 milliards d’euros d’avoirs souverains russes,
- dont 210 milliards dans l’UE (180 milliards chez Euroclear à Bruxelles, une situation qui a considérablement inquiété la Belgique quand il était question, fin 2025, de les utiliser pour financer l’effort de guerre ukrainien (ES 8/12/25).
- Initialement gelés pour priver Moscou de fonds de guerre, ces actifs ont généré des profits (3-5 milliards annuels), dont 1,5 milliard versé à Kiev en 2024.
- La Banque centrale russe, et les oligarques attaquent ces décisions en justice (comme Fridman au Luxembourg).
- En 2025, après l’opposition réussie de la Belgique à la confiscation des avoirs, l’UE a prolongé le gel indéfiniment pour contourner le veto hongrois, puis proposé un prêt garanti de 90 milliards à l’Ukraine, remboursable seulement si la Russie paie des réparations. En 2026, les fonds restent immobilisés, Kiev sera à court d’argent au printemps 2026.
- En évitant la saisie des actifs russes, qui pouvait être considérée comme illégale, les Européens maintiennent la protection juridique de l’ordre monétaire international.
- Pourtant, dans le droit coutumier international, pratiques non écrites fondatrices, des actifs financiers de pays agresseurs ont déjà été saisis par le passé, comme le rappelle cette étude d’un think tank lituanien conservateur.
- Les intérêts des avoirs russes sont par ailleurs toujours utilisés pour aider à financer l’effort de guerre ukrainien.