Au moment “Groenland” où la tension avec les Etats Unis de D. Trump a mis à nu les faiblesses des Européens en cas de confrontation avec leur ancien allié surpuissant, la question de l’arme monétaire s’est posée à nouveau.
- Des rumeurs, côté européen, ont fait état d’une potentielle pression par la dette américaine qu’ils détiennent.
- En effet, près de 40% de la dette américaine est détenue par des investisseurs européens – d’ailleurs, les Etats-Unis ont une dette fortement internationalisée, à l’inverse d’un pays comme le Japon,
- dont la dette à hauteur de 270% de son PIB, est détenue massivement par des capitaux domestiques.
- Le régulateur européen pourrait forcer une vente massive de la dette US afin de dévaluer le dollar et faire ainsi exploser les coûts de la dette américaine, avec des taux d’intérêts élevés,
- et donc un budget américain intenable, d’autant plus qu’il ne faudrait pas vendre tant d’obligations que ça pour créer un effet cascade majeur, en provoquant des appels de marge massifs.
- De manière préemptive, pour se protéger, l’Allemagne envisage de récupérer une partie de ses lingots d’or dormants des sous-sols de la Fed – ce qui provoquerait une crise de confiance profonde dans le système.
- Cependant, cette “arsenalisation” de la dette américaine par les Européens n’est pas sans risque, comme le souligne Forbes.
- Il y a le risque de non-retour et surtout les conséquences seraient dévastatrices :
- pertes immédiates de valeur sur les actifs US pour banques, assureurs et fonds de pension,
- turbulences sur l’euro et places financières (Dublin, Luxembourg), pénurie d’actifs refuges liquides à moyen terme avec hausse des primes de risque et récession exportatrice touchant Allemagne et Italie,
- enfin cohésion politique accrue face à l’agression US mais rupture irréversible de l’alliance atlantique, forçant une autonomie coûteuse sans substitut au dollar.
- Il y a aussi quelques difficultés réelles à l’exécution de cette menace :
- la majorité des titres de dette US sont détenus par des capitaux privés, donc le régulateur a moins de moyens de pression que prévu pour forcer des ventes, même si cela reste réalisable avec la volonté politique nécessaire derrière ;
- en outre, la Fed peut racheter, similairement à la mécanique de facilitation quantitative, mais à un rythme plus lent, des titres de dette afin de contrôler le taux d’intérêt, afin qu’il ne devienne pas trop important.
- L’UE en est restée au stade de la spéculation. Les armes nucléaires, qu’elles soient réelles ou financières, sont des armes de destruction mutuelle assurée, et personne n’est prêt à envisager cette option terminale dans le conflit avec les Etats-Unis.
- Une guerre économique totale avec les Etats-Unis n’aurait que des perdants.
- D’autant que l’UE a les outils commerciaux pour répondre à l’épreuve de force américaine.
- Si elle décide de ne pas utiliser son “bazooka commercial”, c’est plutôt parce qu’elle n’assume pas (encore) les conséquences de sa puissance.