Dans ce contexte fort angoissant, au-delà des propos dénigrants, c’est notre Etat de droit, symbole d’un ordre juridique exigeant, qui est frontalement attaqué. Loin d’être anecdotiques, les attaques manifestes dirigées contre des personnalités du droit ces derniers mois en témoignent tout particulièrement.
- D’abord, le 20 août 2025, 6 juges et trois procureurs, sont sous le coup de sanctions américaines décidées par D. Trump.
- Le juge français à la Cour pénale internationale, Nicolas Guillou, expose les effets de ces sanctions sur sa vie quotidienne et son travail, dans une interview donnée au Monde.
- Lui et sa famille se trouvent totalement interdits de recours à toute société américaine – qui ont envahi notre quotidien.
- Le pire étant l’impossibilité d’utiliser un quelconque système de paiement dématérialisé étant donné le monopole américain actuel.
- L’Executive Order 14203 a pour objectif de répondre aux actions engagées par la CPI contre les États-Unis et leurs proches alliés — Israël notamment.
- Le Club des juristes rappelle par ailleurs qu’en 2002, les États-Unis ont adopté dès l’installation de la CPI à La Haye, une loi intitulée American Service-Members’ Protection Act (ASPA), visant à protéger le personnel militaire américain, les élus ou les agents de l’administration contre toute action judiciaire de la CPI.
- Elle autorise le président des États-Unis à prendre « tous moyens nécessaires et appropriés » pour obtenir leur « libération » : tous les moyens, y compris la force — jusqu’à « l’invasion des Pays-Bas ».
- En ce début d’année 2026, cette ombre autoritaire plane sur le procès en appel de Marine le Pen condamnée dans l’affaire des assistants parlementaires (ES17.11.24).
- Une inquiétude inhabituelle des juges en charge de l’affaire est rendue publique depuis le 6 janvier 2026.
- Cette alerte intervient alors que, selon l’hebdomadaire allemand « Der Spiegel », l’administration de Donald Trump aurait envisagé des sanctions à l’encontre des magistrats ayant condamné Marine Le Pen en mars dernier.
- Pour Maud Quessard de l’IRSEM, « cette menace qu’il fait remonter est assez sérieuse (…) on peut voir ça comme une ingérence et un soutien aux élus du Front national et à Marine Le Pen » relate Public sénat.
- On se souvient qu’en mars, Donald Trump avait comparé la condamnation en première instance de Marine Le Pen à ses propres démêlés judiciaires et dénonçait les « gauchistes européens qui se servent de l’arme judiciaire pour faire taire la liberté d’expression » et l’empêcher de remporter l’élection présidentielle française.
- Enfin, s’il y a dix ans, on pouvait s’émouvoir des amendes infligées à BNP Paribas et à Alstom par le département de la Justice américain, accusés de violer le droit international, les Echos constatent que le procès de l’extraterritorialité se joue aujourd’hui à fronts renversés.
- L‘administration Trump dénonce la « censure extraterritoriale » que représenterait selon elle la réglementation européenne sur les services numériques
- En effet, le 24 décembre 2025, les États-Unis ont annoncé mardi des sanctions visant 5personnalités européennes engagées pour une stricte régulation de la tech.
- Parmi eux, l’ancien commissaire européen Thierry Breton.
Dans une tribune pour Ouest France, l’avocat Bruno Cressard, constate que l’administration Trump a sérieusement engagé un combat contre le droit au profit de la force. Il s’y réfère en particulier Jacques Prévert, qui écrivait reconnaître le bonheur au bruit qu’il fait lorsqu’il n’est plus. Sachons reconnaître la force du droit et lutter pour celui-ci avant qu’il ne disparaisse avec fracas.