Les répercussions de l’opération “Epic Fury”, menée par les Etats-Unis et Israël depuis le 28 février 2026, se font ressentir au-delà des frontières des cobelligérants et du Moyen-Orient. En Europe, elles se déclinent selon deux registres principaux : économiques d’abord, le blocage du détroit d’Ormuz faisant émerger le risque d’une nouvelle crise énergétique (ES 23/3/26) ; géopolitiques ensuite, au regard de la réaction à adopter face à ce nouvel exercice interventionniste des administrations Trump et Netanyahu. Dépendante sur le plan militaire, vulnérable sur le plan énergétique et ambitieuse sur le plan climatique, l’Union peine à concilier ces trois dimensions au point de subir des crises qu’elle ne structure pas.
- Les pays européens gardent en mémoire la crise énergétique ayant touché le continent à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
- Ainsi, face à la hausse du prix du gaz de plus de 50%, atteignant les 50 euros le mégawatt/heure (certes loin du pic de 300 de 2022) la Commission Européenne propose un plan ambitieux pour une stabilisation durable des coûts tout en respectant les objectifs climatiques.
- La réponse européenne s’organise autour de plusieurs leviers complémentaires :
- accélération des investissements dans les renouvelables et le nucléaire pour réduire la dépendance au gaz,
- développement des contrats de long terme (PPA) pour stabiliser les prix industriels,
- et ajustement des mécanismes nationaux de soutien afin de contenir les effets de la hausse du gaz sur l’électricité.
- Elle passe également par une réforme des structures de coûts (baisse de la fiscalité sur l’électricité, optimisation des réseaux) et par un ajustement du marché carbone, dans une logique de stabilisation durable fondée sur l’électrification progressive de l’économie et la réduction de la dépendance énergétique.
- La réponse au risque inflationniste se joue aussi à l’échelle nationale.
- Ainsi, l’Espagne de Pedro Sanchez, largement opposée à la « guerre illégale » de Donald Trump, a déployé un plan en 80 mesures de 5 milliards d’euros pour en contrer les effets, allant de la réduction de la TVA sur les carburants, à la baisse de taxes sur le gaz et l’électricité en passant par des aides aux secteurs vulnérables et une interdiction de licencier pour les entreprises aidées.
- La guerre en Iran pourrait ainsi agir en catalyseur de la transition écologique pour l’Union européenne (ES 23/3/26).
- D’abord, sur la dimension énergétique, le blocage du détroit d’Ormuz et le pilonnage des installations énergétiques rappellent que la sécurité des flux énergétiques européens repose sur des dispositifs militaires que l’Union ne maitrise pas.
- Ainsi, si notre dépendance aux énergies fossiles est une affaire de compétitivité de nos entreprises et de pouvoir d’achat des ménages, c’est aussi et surtout une affaire de souveraineté politique.
- L’agriculture conventionnelle pourrait également durement en pâtir, notamment en raison du risque de pénurie d’engrais.
- En effet, les engrais azotés, fabriqués à partir de gaz naturel, sont désormais produits où l’énergie est moins chère, soit en Russie et dans les pays du Golfe.
- D’où les appels de la Commission européenne à augmenter les réserves alimentaires partout dans l’UE.