Les initiatives erratiques trumpiennes n’en finissent plus de remodeler les rapports de force. Ainsi dans les conséquences de la guerre en Iran et du blocage du détroit d’Ormuz, une des mobilisations européennes les plus importantes est venue de la part de la Grèce, qui se pose parmi les garants de la sécurité régionale, particulièrement en Méditerranée orientale.
- Par le déploiement de la force, Athènes entend répondre à l’attaque d’un drone sur la base britannique chypriote d’Akrotiri et faire signe de son renouveau militaire dans la région.
- En avril 2025, l’administration de Kyriakos Mitsotakis avait annoncé un plan de modernisation de son armée sur 12 ans à hauteur de 25 milliards d’euros face à la volatilité de l’engagement américain et la menace “existentielle” que représente la Turquie.
- Si l’engagement grec est purement défensif, Athènes a mis à disposition ses bases stratégiques de Souda et Alexandroupoli, dans un contexte de rapprochement avec Tel-Aviv (contrats d’armements, exercices conjoints, plan de coopération etc.) face à leurs intérêts sécuritaires commun : la Turquie.
- Cet épisode réaffirme la fracture persistante entre les deux Europes : une Europe de l’ouest aux volontés croissantes d’indépendance vis à vis des Etats-Unis et une Europe de l’Est dont la peur de la menace russe st le terreau d’un atlantisme encore très marqué.
- Ainsi, la réaction des Etats membres de l’UE limitrophes de la Russie, s’inscrivent profondément dans la logique de la guerre en Ukraine.
- En effet, le détournement des ressources militaires américaines vers le Moyen-Orient constitue un problème stratégique pour l’Ukraine et renforce, qui plus est, la position économique de la Russie via la hausse des prix du pétrole et l’allègement des sanctions américaines.
- Alexander Stubb, président de la République de Finlande, a ainsi proposé à l’auto-proclamé “roi du deal” un soutien pour la réouverture du détroit d’Ormuz en échange d’un maintien du soutien militaire américain à l’Ukraine et du travail pour un accord de paix acceptable pour Kiev.
- De même l’Estonie, par l’intermédiaire de son ministre de la défense Hanno Pevkur, a insisté sur la nécessité de rester à l’écoute de l’allié américain pour “comprendre ce que nous pouvons faire ensemble pour résoudre cette situation”.
- Il a notamment avancé l’idée que l’Estonie pourrait partager son expertise en déminage, alors que l’Iran pose des mines dans le détroit d’Ormuz.
- Comme depuis le début de l’administration Trump II, la difficulté pour l’Union européenne est de réussir à imposer ses limites et à faire valoir ses intérêts dans une relation de dépendance extrême envers la puissance américaine.
- La guerre en Iran rappelle les limites persistantes de la construction européenne en matière de politique étrangère.
- Ainsi, cela fait dire à l’ancien diplomate espagnol Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne entre 2019 et 2024, que “L’UE a été conçue pour résoudre des problématiques intra-européennes dans un monde non globalisé. Elle n’est pas organisée pour faire face à ce genre de crise.”
- La conclusion nous est livrée dans Le Grand Continent par Pablo Bustinduy, ministre espagnol des droits sociaux, qui voit dans la guerre en Iran un moment de vérité pour l’Union européenne :
- une convergence entre impératif environnemental, indépendance énergétique et souveraineté politique et géopolitique, trois dimensions désormais indissociables et structurantes pour l’avenir du continent.
- « L’Europe a une opportunité unique de rompre à la fois avec le capitalisme fossile et avec la techno-oligarchie trumpiste. Ce sont les deux conditions de possibilité d’un projet autonome européen pour l’avenir.” explique-t-il.
Tant que l’Europe dépendra des États-Unis pour sécuriser ses approvisionnements et contenir la Russie, elle restera exposée à des arbitrages qu’elle ne maîtrise pas.