Le Chancelier allemand est un peu difficile à suivre, coutumier des annonces fracassantes plus ou moins suivies d’effets. Mais petit à petit, il dessine une nouvelle politique étrangère pour l’Allemagne, qui interroge de plus en plus sur la volonté de Berlin d’assumer seul le leadership en Europe – quitte à affaiblir l’unité de l’UE.
- Comme l’analyse Internationale Politik Quatterly, une revue allemande, la politique européenne de l’Allemagne sous le chancelier Friedrich Merz privilégie désormais l’efficacité des décisions sur l’unanimité au sein de l’UE.
- Berlin soutient l’usage de la majorité qualifiée, même contre l’avis de partenaires comme la France, pour accélérer des dossiers clés comme l’accord UE‑Mercosur ou l’aide à l’Ukraine.
- Cette divergence est particulièrement forte avec la France, comme le note Le Monde.
- Il y a les sujets de politique industrielle et commerciale, comme nous l’avons souligné, mais la crise franco‑allemande tient aussi à une divergence stratégique profonde sur l’avenir de l’unité européenne.
- Paris plaide pour une Europe puissance, assumant protectionnisme, préférence européenne et nouvel emprunt commun pour financer défense, transition et industrie, quitte à bousculer les orthodoxies budgétaires et commerciales.
- Berlin, confronté à la stagnation économique, défend une approche centrée sur la compétitivité, le libre‑échange (Mercosur) et la discipline budgétaire, et se méfie des réflexes protectionnistes français.
- Les désaccords sur l’Ukraine (troupes, garanties de sécurité), la politique commerciale et énergétique nourrissent un climat de méfiance qui fragilise la capacité du couple franco‑allemand à entraîner les Vingt‑Sept, alimentant l’idée d’une Europe fragmentée entre visions rivales de la souveraineté et du marché.
- L’approche de Merz n’est pas entièrement nouvelle : Berlin a toujours eu une culture stratégique différente, mais sa formalisation traduit un basculement vers des formats plus pragmatiques et flexibles de coopération européenne.
- Ceci remet en cause la possibilité d’une unité européenne – à l’heure où plus que jamais l’UE doit faire montre de cette unité.