Cette année qui s’ouvre dans le fracas géopolitique d’une “opération spéciale” américaine pour changer le gouvernement vénézuélien par la voie des armes plutôt que par la voie du droit et des urnes semble poursuivre et bien accélérer le basculement du monde.
- Depuis les Bush père, au Panama en 1989, et fils, en Irak en 2003 (avec les mêmes fallacieux prétextes de démocratisation pour ce dernier), les États-Unis nous avaient habitués à leur respect très relatif du droit international.
- Surtout lorsqu’il s’agit de l’Amérique dite “latine”, dont traditionnellement depuis le 19e siècle, ils considèrent être la puissance tutélaire (pas moins de 42 interventions depuis 1898).
- Cette attaque directe sur un Etat souverain sans aucun mandat international, sans aucune justification ni provocation militaire de la part du Venezuela et surtout en passant outre leur propre système de contrôle démocratique est un signe supplémentaire que nous avons basculé dans le “monde des prédateurs” dont parle l’essayiste G. Da Empoli.
- Avec la même rhétorique, et la même pratique que celle de V. Poutine en Ukraine (et d’une certaine façon celle de N. Maduro qui menaçait le Guyana d’une annexion de ses champs pétrolifères en mars 2025), le président américain acte l’obsolescence des règles qui organisaient la communauté internationale depuis la fin de la guerre froide, et la fin de l’ordre international sur lequel l’Europe s’était construite et avait appuyé ses leviers de puissance.
- Quid de l’Union européenne dans ce chaos ? Que faire quand on a choisi la règle de droit pour soi et pour les autres, et fait de l’exemplarité (sociale, démocratique ou écologique), du commerce et de la coopération les pierres angulaires de son message au monde quand les grandes puissances se comportent sans aucune vergogne comme des Etats voyous ?
- Comme on peut le voir à la très faible réaction des autorités de l’UE (entre “surveillance” et « appels à la désescalade”) devant la brutalité trumpienne, cette année 2026 s’annonce encore plus compliquée pour l’Union – et plus que jamais une année cruciale, entre la résignation vassale ou l’affirmation d’une souveraineté continentale partagée, menacée par les nouveaux prédateurs.