Le Conseil européen de la fin de semaine, a bien discuté d’Ukraine et d’une “voie crédible pour la paix”, mais le consensus sur la position européenne est fragile. C’est ce qu’il faut comprendre derrière la formule d’une “coalition des volontaires”, décidée à Bruxelles et bientôt réunie à Paris. Comme le note Médiapart, “s’il a permis de réaffirmer le soutien des États membres à l’Ukraine, à l’exception de la Hongrie, ce conseil européen du 20 mars n’a pas tranché les divergences qui subsistent sur la façon de soutenir Kyiv et de « réarmer » l’UE.” Entre temps, la Commission européenne a publié le mercredi19 mars 2025, son très attendu Livre Blanc pour la défense européenne, répondant à l’urgence de la guerre en Ukraine, et au besoin imminent et de long-terme du réarmement européen.
- Le constat des besoins est multiple : au-delà d’un pan industriel qui tire la couverture à lui, la menace politique et hybride que représente la Russie, qui profite de plus en plus des faveurs américaines au détriment de l’Ukraine et des Européens, appelle à une refonte totale de la politique de défense et de sécurité européenne.
- Le point central de cette feuille de route est à nouveau la question budgétaire :
- avec d’une part l’annonce d’un nouveau prêt de 150 milliards d’euros pour donner corps à la promesse un peu creuse d’investissement du plan de 800 milliards déjà annoncé (cf. EIH 10/3/25),
- et d’autre part un assouplissement des règles fiscales sur l’endettement des pays au nom de l’investissement dans la défense, renforcée par le vote au Bundestag cette semaine,
- l’argent et sa disponibilité sont au cœur des préoccupations.
- Investir dans la défense n’est pas une chose anodine – quand on a des canons, on veut s’en servir.
- Les ambiguïtés d’un plan de réarmement européen pèsent sur le projet fondamental de l’UE. Armer l’Europe, soit – mais avec quelle stratégie commune?
- Comme le souligne un observateur avisé des questions de défense européenne, “les Européens ont toujours refusé le “grand saut”.
- Mais cette fois ils n’ont (peut-être ?) plus le choix.
- Ainsi, l’autre point essentiel sur lequel insiste la Commission européenne dans son livre blanc livré la semaine dernière : les achats conjoints.
- Les avantages sont pluriels :
- économie d’échelle, meilleure visibilité pour les industriels sur les moyens à engager pour satisfaire les commandes, incitation à la coopération industrielle et spécialisation des fournisseurs plutôt qu’une compétition intra-européenne, et surtout, la possibilité d’une interopérabilité entre les armées nationales afin de constituer une véritable armée européenne.
- Ce dernier point est tout particulièrement central dans les appels, dont celui de Mario Draghi, à la constitution d’un commandement européen.
- Si l’argent est le nerf de la guerre, comme le rappelle Kaja Kallas, d’autres avertissent que faire tourner la planche à billet de suffit pas :
- il faut savoir où investir, bien dépenser l’argent souligne le fondateur du Joint European Disruptive Initiative.
- Si l’on peut en comprendre la logique, la Commission et le Conseil prennent néanmoins un risque politique en refusant de considérer la proposition espagnole de considérer le dérèglement climatique comme une menace sécuritaire et donc justifiant d’utiliser des fonds débloqués pour la défense.
- L’investissement dans la recherche, en dehors de la coopération structurée permanente, gagne également des galons, particulièrement dans le champ de l’intelligence artificielle, pierre angulaire des essaims de drones qui révolutionnent les tactiques militaires sur le front ukrainien.
L’Europe devra veiller à ne pas démanteler le socle éducatif à l’origine du progrès technologique dans sa course au réarmement, contrairement à la voie empruntée par Donald Trump.