Dans un entretien au « Monde », l’historien Guillaume Carnino, la chercheuse en géopolitique des technologies Mathilde Velliet et le mathématicien Cédric Villani s’inquiètent de l’état du débat scientifique dans les tensions géopolitiques. Celles-ci influencent la science, notamment l’intelligence artificielle, en raison de la compétition technologique mondiale, des restrictions sur les collaborations internationales et des préoccupations concernant la sécurité nationale. L’IA est bien sûr le domaine le plus apparent, avec la rivalité sino-américaine mais d’autres domaines comme la science climatique voient se multiplier les attaques.
- Aux États-Unis, l’élection de Donald Trump en 2024 avait ravivé les craintes des experts du climat, provoquant d’ailleurs l’inquiétude des marchés.
- Outre le retrait des accords de Paris, la nouvelle administration cherche à défaire tout ce que la précédente avait mis en place.
- En particulier en matière climatique avec la remise en cause de l’Inflation reduction act.
- En février 2025, des employés du Doge, dirigé par Elon Musk, ont fait irruption dans les locaux de la NOAA, accentuant la pression sur les scientifiques.
- L’administration Trump a licencié plus d’un millier d’employés de l’Administration nationale océanique et atmosphérique des États-Unis, la principale agence du pays pour les prévisions météorologiques et la science du climat, ce qui pourrait nuire à sa capacité à effectuer un travail de sauvetage en prévoyant les ouragans et d’autres événements météorologiques extrêmes.
- Selon le New York Times, il est prévu de licencier 1 000 personnes supplémentaires.
- Si c’est le cas, cela portera les réductions à environ 20 % de la main-d’œuvre.
- En réaction, des manifestations ont eu lieu en mars contre la censure scientifique.
- La remise en cause des politiques climatiques américaines n’est pas une bonne nouvelle pour la planète mais elle pourrait l’être pour les industries européennes, estime la présidence polonaise du Conseil.
- En Europe aussi, les politiques climatiques sont sur le recul depuis la campagne et les élections européennes de 2024 (cf. EIH 28/7/24, entre autres).
- Dans l’UE le divorce ne se fait pas sur la science mais sur les institutions, si l’on en croit une analyse du think-tank Bruegel:
- les Européens veulent toujours une action climatique, mais doutent des intentions et de l’efficacité de leurs gouvernements.
- En particulier en matière de justice sociale.
- Cependant, l’UE n’est pas à l’abri d’une montée du climatoscepticisme.
- Dans une enquête d’octobre 2024 rapportée par Le Monde, cette remise en cause touchait en France principalement les classes populaires et la droite conservatrice.
- Celles-ci s’y opposent souvent en réaction aux politiques écologiques et aux pressions économiques et morales qui les accompagnent.
- Certes, les menaces pesant sur l’action climatique et la recherche scientifique n’atteignent pas les mêmes niveaux qu’outre-Atlantique.
- Malheureusement, les attaques sur le budget de l’ADEME ou le rôle de police environnementale joué par l’Office Français de la Biodiversité, laissent craindre un renversement très net des priorités.
- Elle semble annoncer une remise en cause du consensus scientifique et de l’intérêt général au nom de la défense de catégories particulières et d’activités économiques protégées.