Un philosophe critique de la construction européenne soutenait récemment que « l’Europe a cru vivre selon la justice en oubliant la force » dans le contexte de sa politique étrangère. Mais ne pourrait-on pas établir un parallèle en ce qui concerne l’énergie nucléaire et l’arme atomique ?
- Ainsi, arme atomique et parapluie nucléaire sont au cœur des discussions franco-allemandes, comme l’a illustré Friedrich Merz, candidat à la chancellerie allemande.
- Celui-ci a proposé que l’Allemagne négocie avec la France et le Royaume-Uni pour étendre leur protection nucléaire, face aux incertitudes sur l’engagement de défense des États-Unis sous Donald Trump.
- F. Merz a insisté sur la nécessité de renforcer la défense européenne, après que la guerre en Ukraine a fragilisé les relations transatlantiques (cf. EIH 10/3/25).
- Bien que l’extension de la dissuasion nucléaire française et britannique soit débattue depuis plusieurs années, elle est devenue plus urgente avec le désengagement américain.
- Ces discussions montrent une reconnaissance croissante de l’armement nucléaire comme élément clé de la sécurité.
- Et ce, même si des Etats membres, comme l’Autriche, l’Irlande, Malte et Chypre, signataires du Traité d’interdiction des armes nucléaires, refusent cette option.
- Le retournement en faveur du nucléaire est aussi civil.
- Ainsi, l’Italie a annoncé son intention de réintroduire l’énergie nucléaire d’ici 2030 pour renforcer sa sécurité énergétique et atteindre ses objectifs de décarbonation.
- Le gouvernement a approuvé un plan visant à relancer le nucléaire, renversant les choix des référendums de 1987 et 2011.
- Le ministre de l’Environnement, Gilberto Pichetto Fratin, a précisé que des technologies avancées, telles que les réacteurs modulaires compacts (SMR) et la fusion nucléaire, seront privilégiées.
- L’énergie nucléaire pourrait représenter entre 11 % et 22 % de la production d’électricité du pays d’ici 2050, générant ainsi des économies de 17 milliards d’euros en coûts de décarbonation.
- Autre Etat traumatisé par Tchernobyl et depuis farouchement antinucléaire, la Pologne a également lancé un programme nucléaire ambitieux pour réduire ses émissions de CO2 et renforcer son indépendance énergétique.
- Le projet, d’un coût total de 192 milliards de zlotys ($45 milliards), bénéficie d’un financement direct de 14 milliards d’euros, le reste étant couvert par un emprunt garanti par l’État.
- La Commission européenne enquête pour vérifier la conformité de cette aide d’État avec les règles de l’UE.
- Le programme prévoit la construction de 6 à 9 GW de capacité nucléaire d’ici 2043, avec la mise en service du premier réacteur en 2033.
- La Pologne reste ouverte à des partenariats internationaux pour une deuxième centrale, et un financement de 3,5 milliards d’euros a été proposé pour le projet de Poméranie.
- La France assume son statut de champion de l’atome.
- À partir du premier semestre 2025, EDF proposera des contrats d’achat d’électricité nucléaire à long terme via un système d’enchères européennes, visant des entreprises de taille importante et des fournisseurs alternatifs.
- Cette initiative fait suite à une nouvelle politique commerciale lancée fin 2023, permettant de réduire l’exposition des clients à la volatilité des prix et d’offrir plus de visibilité à EDF pour financer ses investissements, notamment dans le nucléaire.
- EDF a déjà signé des lettres d’intention avec plusieurs industriels électro-intensifs et prévoit de proposer 10 TWh par an via ces enchères, avec des contrats de 10 à 15 ans à des tarifs préférentiels, décorrélés des prix de marché.
- Ce système doit remplacer le mécanisme Arenh, qui expire fin 2025.