Au sommet des fonds marins, les débats scientifiques sont “pollués” par les intérêts politiques note Le Monde. Le 30e sommet de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), qui s’est ouvert à Kingston le 17 mars2025, cristallise les tensions internationales autour d’une industrie émergente : l’exploitation minière des grands fonds marins. Promue par certains comme un levier stratégique pour la transition énergétique, cette activité soulève de profondes inquiétudes écologiques et géopolitiques.
- À l’origine de l’intérêt : les nodules polymétalliques, formations rocheuses riches en nickel, cobalt, cuivre et manganèse, essentiels à la fabrication de batteries et autres technologies dites « vertes ».
- Alors que la demande mondiale explose, des entreprises comme The Metals Company (via sa filiale Nori, soutenue par Nauru) se disent prêtes à lancer l’exploitation dès 2026.
- L’enjeu : exploiter une zone de 240 000 km² en haute mer, soit la taille du Royaume-Uni comme l’explique cette analyse au fond de l’IRIS.
- L’exploitation reste à ce jour interdite, en l’absence d’un code minier international que l’AIFM peine à finaliser après plus de dix ans de négociations.
- Les dissensions sont vives. Face aux incertitudes des conséquences écologiques, les positions se fragmentent.
- Trente-deux États soutiennent un moratoire sur l’exploitation, exigeant davantage de recherches scientifiques avant tout démarrage industriel.
- Ainsi l’Union Européenne « a indiqué en juin 2022 que l’exploitation minière en eaux profondes devrait être interdite jusqu’à ce que les connaissances scientifiques sur ses conséquences soient plus poussées ».
- Dans le cadre des négociations du code minier, les pays africains, pour leur part, alertent sur le risque d’une exploitation déséquilibrée, et « s’inquiètent de ne pas en profiter et même d’en être victimes » .
- La Chine, déjà détentrice de cinq licences d’exploration, s’impose comme un acteur structurant du débat.
- Présente diplomatiquement et scientifiquement au sein de l’AIFM, elle rejette le moratoire, arguant que « la protection de l’environnement ne veut pas dire abandonner l’exploitation».
- Elle renforce ainsi ses liens dans le Pacifique, notamment avec les îles Kiribati, en quête de partenariats après la rupture d’un accord avec The Metals Company.
- Sous pression de l’industrie, qui a investi plus de 2 milliards de dollars, l’AIFM est sommée d’agir.
- Or, sa nouvelle secrétaire générale, l’océanographe brésilienne Leticia Carvalho, donne bon espoir aux écologistes car sa nomination pourrait marquer un changement d’approche .
- Plus sensible aux questions écologiques et d’inclusivité, elle contraste avec la gouvernance précédente jugée trop favorable à l’ouverture du secteur.
Si la 30ème session annuelle de l’AIFM devait marquer la signature d’un code minier, l’ambassadeur Olivier Guyonvarch a rappelé que « Nous sommes encore loin du consensus pour parvenir à un code minier finalisé »